Enoha : Before the wind

le Sam 25 Nov - 18:05


Enoha : Before the wind

Trois ans avant l'Entre-Monde.

C'était un jour tempétueux, l'orage ravageait tout sur son passage. Que ce soit les chemins, les enclos ou encore les habitations, rien n'était épargné. Ces intempéries donnèrent même lieu à plusieurs tragédies au sein du petit village des montagnes. Néanmoins, le ciel gris et la pluie n'arrivaient pas à percer les esprits des villageois. En effet, ce jour précis fut emprunt d'une puissante vague de sentiments bien plus ravageurs que la pluie elle-même. Un enfant vit le jour.

Cet enfant, né sous le genre féminin, retourna les têtes de tout le village. Il s'agissait une très jolie petite poupée à la peau claire et aux cheveux tout aussi clairs. La nouvelle née était d'une beauté à couper le souffle et sa peau de porcelaine ne comportait aucune imperfection. Une créature aussi belle qu'étrange pour une cité comme celle où elle avait vu le jour. Une sentiment partagé entre l'amour et la haine s'installait dans la gorge de ses parents, et de chaque personne présente lors de l'accouchement. Car dans le monde où naquit l'enfant, tous possédaient une peau mate, des yeux dorés et des cheveux de jais.

La nuit était tombée rapidement ce jour là. Le silence persistait. Il persista jusqu'au moment où les questions devinrent si brûlantes dans la bouche des villageois qu'elles furent clamées. Pourquoi cette enfant était née ainsi ? Pourquoi sa peau et ses cheveux portaient une couleur si étrange ? Personne n'avait jamais vu une telle chose. Si bien que l'enfant fut radicalisée en tant que fruit du diable, preuve de l'interdit et du pêché. La tromperie, l'envie d'autre, l'adultère. Tous n'avaient que ces mots en bouche.

Mais le prêtre du village demanda à attendre la troisième année de la petite, année qui définirai réellement sa couleur de cheveux, d'yeux et de peau. Année où ils pourraient voir le diable dans le corps d'une frêle fillette. Année du tragique destin de Noha, l'enfant du sacrifice, baptisée Noha, la louange, pour ne pas offusquer leur dieu, ou le diable créateur de l'anomalie qu’elle représentait.

Plus les jours passaient, plus la petite grandissait. Et de fil en aiguille, trois ans furent rapidement rayés du calendrier. Noha avait grandit dans un monde amer, un monde corrompu par la haine que tous avaient à son égard. Tous lui portaient le plus grand des mépris, et sans une once e pitié n'hésitaient pas à lui hurler dessus lorsqu'elle sortait ou à l'abandonner quand elle se perdait. Elle ne devait pas être vue, ce fut l'ultime conclusion du prêtre pour permettre au village de prospérer.

La fillette n'avait pas changé depuis sa naissance. Sa beauté à couper le souffle semait toujours la pagaille dans l'esprit des villageois. Elle était blonde, avec deux saphirs pour yeux et une peau aussi blanche que neige en hiver. Son cœur aussi pur que l'eau de source ne semblait cependant pas entaché d'une quelconque noirceur diabolique, et Noha ne pouvait qu'aimer chacune des personnes l'entourant dans sa vie. Elle s'épanouissait tristement, s'accrochant à des êtres violents et dangereux pour elle.

La panique avait gagné le village, car quelques jours plus tard le troisième anniversaire de l'enfant arriva. Mais personne ne fit la fête. Voyant que la petite n'avait toujours aucun caractéristique de leur peuple, on fit brûler sa mère sur un bûcher pour adultère. Le père de Noha se suicida. Et pour accompagner ce jour déjà sombre, le village décida d'éradiquer la forme de vie qui prenait place dans le petit corps de l'enfant aux cheveux d'or. Dans tout le village, on appela ce jour la Tragédie du chiffre Trois.

Les habitants, après avoir assisté à la mort de deux de leurs voisins, prirent en charge la fillette et la conduisirent devant une falaise dite infinie. L'heure était venue. Coup du sort, il se mit à pleuvoir, comme pour le premier jour de la triste existence de Noha. Une existence inutile parmi ce peuple. Noha, du haut de ses trois années de vie, ne sembla pas comprendre tout l'enjeu de cette situation. Elle ne comprenait pas que les êtres qu'elle avait aimé malgré eux voulaient éradiquer sa vie depuis toujours. Elle ne savait pas qu'elle était nocive pour autrui. Et lorsqu'elle fut pressurisée jusqu'au bord de la falaise, elle se mit à pleurer.

Malgré les larmes cristallines sur ses joues, le village ne recula pas face à la future mort de Noha. Si bien que quelques instants plus tard, n'ayant pas le temps d'éprouver plus de peur, la fillette perdit l'équilibre et chuta. Tout se finissait ainsi. Et le village serai gai de nouveau. Sans plus de vérifications, tous rentrèrent pour fêter la purification qui venait d'être effectuée.

Quant à Noha, elle ne vit même pas sa mort arriver. La peur sur son visage et ses larmes n'eurent pas même une minute pour se développer. Elle était déjà morte, ses yeux azur ayant ainsi perdu leur éclat. Elle s'était brisé la colonne vertébrale sur un rocher tranchant dans sa chute et son corps avait par la suite dévalé la falaise, laissant sur celle-ci une traînée de sang incommensurable. Le liquide chaud entoura son petit corps, formant petit à petit une flaque cramoisie autour d'elle. La pauvre enfant avait hérité, de par sa naissance, d'une immonde tragédie emprunte d'injustice.

Mais quelques minutes plus tard, la reine des sylphes qui avait entendu parler d'une telle histoire par ses subordonnées, fit son apparition aux côté du cadavre infantile. De ses mains aérienne, elle prit contre elle ce qu'il restait de la fillette et elle serra le cadavre contre elle. Et d'une larme, le corps si fragile de la petite redevint aussi doux et sain que plusieurs minutes auparavant. D'un baiser frontal, elle vint insuffler à la victime un souffle de vie nouveau. La sylphe ayant volé ses souvenirs, Noha ne se souvenait de rien de sa vie d'avant, elle ne savait que ce que la sylphe voudrais bien lui transmettre. Néanmoins, elle se souvint de l'unique consigne de la sylphe.

« Tendre enfant, Enoha. Parfum volatile, tel sera ton nom. Tu hérites à présent d'une partie de moi, mais fais bien attention, ces pouvoirs que je t'offres tu ne devras jamais les utiliser pour faire le mal. Sinon, je reprendrai cette vie que je t'ai offerte. »

Suite à ce monologue, la sylphe, aussi majestueuse soit-elle, se transforma en cyclone et déposa la petite fille devant un miroir. Elle lui avait par la même occasion scellé deux bracelets d'or aux poignets, régulant son pouvoir et la punissant si besoin. Tout ce que l'enfant avait à faire, c'était le traverser. Ce qu'elle fit. L'Entre-Monde lui ouvrit ses portes et ce qu'est que quelques jours plus tard que les miroirs cessèrent de fonctionner. Mais en attendant, Enoha démarra sa nouvelle vie dans un orphelinat de Cerclon, après avoir été trouvée par d'aimables personnes. Là au moins, on l'aimerai telle qu'elle est, aussi étrange soit-elle.
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