Du bonheur de ne pas tout rater

le Dim 21 Mai - 23:55


Le temps était radieux ! Il y avait de gros nuages gris, le soleil n'était pas visible, il faisait froid, il y avait un vent glacial, mais la neige fondue formait des plaques de verglas ou des mares de boue, Tern sentait même mauvais, mais c'était une journée magnifique comme il n'y en a qu'une dizaine dans toute une vie. Après la soirée du speed-dating - qui avait été une torture, mais heureusement son sauveur l'avait extirpé de ce massacre -, le demi-dieu n'avait eu de cesse de sautiller partout et de sourire à tout. Quand, après une soirée plus qu'agréable - disons qu'il n'avait pas réussi à la gâcher, pour une fois - Karan lui avait proposé un autre rendez-vous - et en utilisant ce mot, s'il vous plaît ! -, il avait bien dû se mordre la langue et planter ses ongles dans sa paume pour avoir une réaction digne. Il avait souri et avait accepté, d'un ton ravi mais contrôlé, puis, une fois qu'ils s'étaient séparés, il était rentré chez lui en sautillant et en se réjouissant tout seul - par chance, il n'y avait pas beaucoup de personnes dans les rues à cette heure-là.

Siothrún ne s'était pas senti aussi heureux depuis bien longtemps. Il s'était fait une liste, dans sa tête, de toutes les qualités ou les petites choses qu'il avait aimées chez Karan - et comme il était un positiviste né, il n'y avait aucun point négatif, évidemment. Aussi était-il plus que ravi, même enchanté, qu'une personne qu'il trouvait si charmante lui proposât de le revoir. S'il était incapable de voir le mal chez les autres, il avait le défaut de ne voir en lui que des tares, ce qui, concrètement, faisait de lui un handicapé social et lui faisait voir ce second rendez-vous comme une chance inouïe qu'il ne devait absolument pas gâcher. C'est pourquoi il n'avait eu de cesse, depuis cette soirée, de s'imaginer la rencontre à venir et tous ses possibles scénarii afin d'élaborer des plans pour y faire face. Il était évident que toutes ces spéculations se montreraient inutiles, mais du moins avaient-elles eu le mérite de le calmer et d'apaise son appréhension. D'un autre côté, la joie envahissait ses journées et le rendait plus sûr de lui - s'il ne l'avait pas fait fuir dès leur rencontre, tout était possible !
Puis, après plusieurs jours, l'impatiente s'était faite ressentir. Siothrún regardait le temps s'écouler de plus en plus souvent, se lamentant que le temps soit si long, et une envie pernicieuse naquit dans son petit esprit. Il y résista le plus longtemps possible mais, finalement, un après-midi, il s'était installé dans son canapé, et avait porté son regard sur Karan. Bien qu'à ce moment, l'homme ne fût qu'en train de marcher, le demi-dieu réalisa qu'il allait trop loin, et par chance, il se calma. Son attente fut plus sereine, mais pas moins pénible.

En se réveillant ce matin-là, il se sentit aussitôt bêtement heureux et intelligemment angoissé.. Il appréhendait non seulement parce qu'il avait une capacité certaine à gâcher toutes ses relations sociales, mais aussi parce qu'il allait officiellement sortir de la ville d'Entre-Monde pour la première fois de sa vie - le village de Namusu, juste à la sortie sud de Cerclon, ne comptait pas vraiment. Certes, ce serait pour se rendre dans un temple et non en pleine jungle - il ne savait même pas où se situait le temple, mais il ne l'avouerait pas, afin de ne pas avoir l'air idiot - mais il s'agissait presque d'une aventure pour lui. Il se sentait vraiment chanceux.

Puisque Siothrún n'avait pas de titre Perçant - il avait manqué de s'étouffer en voyant le prix -, ils avaient rendez-vous à une plateforme de perçant et partiraient ensemble. La plus proche de chez lui s'avérait se trouver dans Tern, et avec beaucoup d'avance (sait-on jamais, qu'il se disait), il s'y rendait à pied. Il avait bien essayé de paraître le moins pathétique possible, mais par ce froid, il avait tout de même dû reprendre son vieux manteau abîmé, ses gants troués qui avaient plus l'allure de mitaines et son écharpe de laine noire tricotée par une de ses voisines. Son vieux sac de cuir duquel il ne se séparait jamais était aussi sur son épaule, plein de feuilles, de crayons, de peintures et de pinceaux comme à son habitude. Le seul fait notable de son accoutrement était la rose rouge qu'il tenait à la main, y prêtant un soin particulier afin de ne pas l'abîmer. Il connaissait un fleuriste avec un don particulier avec les plantes qui lui permettait de tout faire pousser à n'importe quelle saison, et avec rapidité, ce qui lui permettait d'avoir des prix plus qu'abordables ; il s'était dit qu'il s'agissait d'une excellente idée quand il l'avait commandée, mais maintenant qu'il se promenait avec, l'artiste était prit de doute - n'était-ce pas un peu trop cliché ?

En journée, le quartier de Tern était grouillant de vie. Le blond connaissait fort heureusement la ville par cœur, puisqu'il la parcourait tous les jours à pied depuis plus de quinze ans, il passa donc par des passages méconnus qui lui permirent d'arriver à la plateforme non seulement à l'heure, mais en avance. La main qui tenait la fleur changeait constamment : il avait les mains transies de froid et alternait afin de les avoir toutes les deux bien engoncées dans sa poche quelques minutes, afin qu'elles ne gèlent pas. Son nez n'était pas dans un meilleur état, et parfois, il enfonçait son visage dans son écharpe et soufflait de l'air chaud pour tenter de se le réchauffer. Il y avait aussi du monde à la plateforme, mais il choisit l'optimiste en se persuadant qu'il y en aurait moins le moment venu.

Hélas, ce ne fut pas le cas et l'appréhension de Siothrún grandit à la perspective de ne pas voir Karan et ainsi de le louper - ce serait, dans ce cas-là, à lui de le trouver, il devait être vigilent. Ainsi bougeait-il régulièrement, trouvant un meilleur poste d'observation, vite gêné par une personne plus grande que lui - tout le monde semblait plus grand que lui, quelle malchance ! - et tournant frénétiquement la tête. Quand, enfin, il crut apercevoir Karan, un grand sourire déforma son visage. Il s'élança.

« Karan ! s'écria-t-il. Oh, pardon. Je... je vous ai pris pour.... »
Évidemment, il s'était trompé, et la personne qu'il avait alpaguée repartait sans lui laisser le temps de finir sa phrase. En se retournant pour reprendre ses recherches, le demi-dieu se sentit vraiment bête.

HRP:
C'est Richye qui m'a soufflé le coup de la rose, je n'ai pas pu résister à la tentation, comme pour souligner d'avantage à Wu ses défaites au jeu, nihihi !
Siothrún Nolan
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Re: Du bonheur de ne pas tout rater

le Lun 22 Mai - 22:41


Karan tint fermement le harnais de Sinmora. L’énorme loup fendait la foule et si un passant s’approchait de trop près il était aussitôt rappelé à l’ordre. Le soldat ne s’en excusait pas, il était très satisfait du chemin libre ouvert par la présence de son animal.
Son autre main encombrée par un sac rempli accroché à son épaule, le soldat s’était résigné à fixer sa canne à sa ceinture.
Si les passants ne lui en voulaient pas, ce n’était qu’après avoir constaté la présence de deux yeux blancs les traversant de leur regard mort.

Se doutant que Tern serait la partie la plus ingrate du trajet, Karan avait profité du calme relatif du véhicule descendu de Ciel, puis de la solitude dans sa calèche à Ordae.
Brusquement plongé dans une marée de gens pressés, le loup ne pouvait être de trop et l’aveugle était reconnaissant de sa présence à ses côtés.

La foule se tarie, l’animal quémandait les félicitations de son maîtres en frottant sa tête avec brusquerie contre sa hanche mais Karan fut distrait. Se sentant approcher de sa destination, il avait ouvert son regard sur le monde.
D’abord ébloui par la lumière blafarde d’un ciel nuageux, il aperçut Siothrún l’attendant. Disparaissant régulièrement derrière un passant, le jeune artiste scrutait les alentours. Il ne manquerait pas de le repérer bientôt.

Sinmora continuait sa quête capricieuse de caresse et d’attention mais le soldat observait cette place envahie d’inconnus et le jeune homme qui l’attendait dans la foule.

Il s’était longuement questionné sur ce choix. L’état des lieux de cette inspection intérieure ne fut pas concluante. Aucune âme étrangère n’était à l’origine de cette invitation.
Karan l’avait fait de lui-même.
Le sac tressauta sur son dos lorsqu’il le replaça, le loup était curieux et regardait la foule avec avidité se croyant encore guide des pas de son maître. Il jappa de stupeur lorsque Karan avança sans lui et se dépêcha de lui emboîter le pas.

Deux cents mètres le séparaient du garçon.

Le dieu de la guerre n’en était plus à ses premières expériences depuis longtemps. Ni femme, ni homme n’avait émerveillé sa vieille conscience de cette manière. Il mit ça sur la maladresse de Siothrún, ou sur ses attentions touchantes…
Il y a bien longtemps que plus personne ne s’est préoccupé de lui ainsi et jamais personne ne l’avait fait autant parler pendant un dîner.

Avec du recul, il s’était trouvé moralisateur et surprotecteur. Il regrettait de s’être comporté comme un vieillard ce soir-là.

Il approcha en silence, le visage heureux et Sinmora impatient d’obtenir des attentions se précipita vers le jeune homme pour glisser son museau rugueux dans ses mains.

- Je suis désolé pour lui. Il a des manières exécrables… Mais c’est un gentil loup.

C’était autre chose que de voir ce visage dans la lumière.

- Es-tu prêt pour un voyage ?

Il lui présenta sa main paume ouverte au ciel.
Karan
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Re: Du bonheur de ne pas tout rater

le Mar 23 Mai - 14:45


Refroidi par son erreur - comment avait-il pu se tromper, lui qui connaissait par cœur le visage recherché, non pas parce qu'il l'avait longuement observé, mais parce qu'il était physionomiste, oui oui - Siothrún gigotait un peu moins sur la place. Avec moins d'impatience, il regardait autour de lui, attentif à toutes les personnes se pressant, pivotant parfois sur lui-même. Alors qu'il soufflait dans l'écharpe où il avait enfoui son visage pour se le réchauffer, il releva la tête, un sourire se dessinant automatiquement sur ses lèvres. Il avait remarqué le chien marchant juste au côté d'une personne et, en levant son regard, il reconnut aussitôt le visage tant recherché. Sans plus réfléchir, il s'élança à sa rencontre.

« Karan ! appela-t-il, toujours persuadé de sa cécité. »

Si ces derniers jours, le demi-dieu était heureux à l'idée de cette nouvelle rencontre à venir, ce n'était rien en comparaison à la joie qu'il ressentit de le voir - et oui, s'il n'avait pas voulu trop y penser, la possibilité de se prendre un râteau était réelle mais totalement défaite par la présence belle et bien réelle du K'ien. Sortant sa main froide de sa poche, il dégagea son écharpe tricotée, dévoilant un peu plus son visage. Quand ils se rejoignirent, il fut surpris en sentant la surface lisse et métallique de la truffe de l'animal contre sa main. Il l'observa une seconde, présentant l'intérieur de sa paume pour qu'il la renifle. Le chien était épatant - il s'agissait d'un robot et pourtant, il se comportait en tout point comme l'animal biologique - ou plutôt le loup, comme l'informa Karan.

« Il n'y a pas de mal, assura-t-il au maître avant de s'accroupir et dire d'une voix attendrie, propre à celle que l'on utilise pour les animaux : Bonjour, toi !

De sa main libre, il commença à caresser la tête de l'animal dont la queue fouetta l'air et qui arracha un sourire amusé à l'artiste. La sensation était étrange : ce n'était pas une fourrure douce, mais une cuirasse de métal qui, étonnamment, n'était pas glaciale comme il s'y attendait. Néanmoins, le même plaisir naturel se voyait sur la gueule de l'animal. Il grattouilla derrière l'oreille avant de se relever, abandonnant le loup.
Là, Karan lui posa une question qui fit remonter ses légères appréhensions. Le mot voyage était très bien choisi : Siothrún n'avait jamais utilisé de perçant et n'avait jamais quitté la ville. Bien qu'il allât simplement à un temple - et pas en pleine jungle -, il avait longtemps craint le jour où il quitterait sa chère Entre-Monde qu'il connaissait par cœur. Pourtant, Siothrún s'était toujours imaginé avoir bien plus peur, mais en voyant la main rassurante de Karan tendue vers lui, il partait en toute confiance.

« Oui, répondit-il d'une voix calme et qui cachait mal son engouement. »

De sa main libre - l'autre tenait toujours la fleur, qu'il comptait offrir après, pour ne pas gêner le dieu pour utiliser le perçant - il toucha d'abord, hésitant, la paume ouverte. Malgré ses mitaines, ses doigts étaient gelés et la peau de Karan était chaude au toucher. Même si la chaleur était agréable pour lui, il savait que le contraire ne l'était pas.

« Désolé. »

Là, le demi-dieu se permit de tenir plus franchement la main de Karan, en inspirant un bon coup pour taire son appréhension. Il se demandait vraiment qu'elle était la sensation lors de l'utilisation du titre : était-ce déroutant ? y avait-il le néant, pendant un coup instant ? Diantre, il espérait ne pas se rater d'une quelconque manière - une chute, ou pire. S'il se sentait prêt à le faire, son imagination débordante ne pouvait s'empêcher de songer à tous les scénarii catastrophes. Sous l'appréhension, il se mordit la lèvre inférieure.
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Re: Du bonheur de ne pas tout rater

le Mer 24 Mai - 7:52


Siothrun était nerveux, Karan le sentait dans leurs mains jointes.
Il esquissa un sourire et raffermit sa prise.

- Tu trouves sentiras un peu étrange à l'atterrissage, respire profondément et ça passera.


Karan ayant un jour fait le voyage à Moïrïn, il avait subit les effets d'une brusque chute de pression.
Ce ne serait pas aussi violent dans Ing. Pourtant ils partaient tous les deux pour un séjour dans une sombre forêt et le prêtre voulait être prévoyant.

Il baissa les yeux vers Sinmora, l'animal c'était rangé contre sa cuisse et patientait d'une étrange façon.
Très proche du loup, car il se tint droit et scrutait la foule avec intensité.

-Sin, attrape !

Le loup leva son museau d'un geste vif et s'empara dans sa gueule d'une sangle pendant au sac du dieu.
Le petit groupe disparu de Tern.

Spoiler:
Karan
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Re: Du bonheur de ne pas tout rater


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