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Re: Bras dessus, bras dessous

le Lun 8 Juin - 20:25


Suite à cet échec cuisant de mensonge, les mots de Karan étaient un terrible étau autour du cœur du demi-dieu. Lui aussi doutait de la réussite de cette soirée, surtout en ce moment. Il était tellement convaincu de sa très désagréable compagnie, que Siothrún était prêt à dire au revoir, présenter ses excuses, et partir penaud. Il le méritait certainement. Redressant un instant les yeux sur son interlocuteur, il lui murmura :
« Pardon. »

À cet instant, il ne savait pas quoi faire. La situation lui échappait, il était terrifié parce qu'en face de lui, il y avait une personne qu'il ne connaissait pas mais qui se montrait si gentille avec lui. En fait, s'il fallait être honnête, il ne savait pas tout à fait ce qu'il convenait de faire. Triturant ses propres doigts de nervosité, celle-ci augmenta d'un cran à l'énigmatique proposition de Karan. Sur le coup, elle lui était incompréhensive - un effort ? Son pauvre cœur s'emballa, attendant la suite avec appréhension. En si peu de temps, le demi-dieu s'était attaché à cette gentillesse très rare, et il ne souhaitait guère le décevoir.

Quand le dieu lui expliqua le compromis qu'il imaginait - et s'il fallait être totalement sincère -, Siothrún n'en fut pas heureux. Parce qu'il n'avait pas envie de dévoiler sa nature - et par extension la grande probabilité d'un pouvoir caché - mais également parce que la demande n'était que justice. Malgré la déception de sa curiosité il y a peu, il ne ressentait pas le besoin irrépressible d'en savoir plus sur les origines de Karan. Il ne voulait pas le forcer à se dévoiler, s'il ne le désirait point. Néanmoins, il reconnut la tentative du prêtre pour qu'il puisse rattraper son erreur, ce qui ne fit qu'élever sa considération pour cet homme. Fichtre, est-ce que Karan sortait tout droit d'un bouquin pour sembler si parfait ?

« Si vous - oh, pardon, c'est vrai. Si tu ne veux rien me dire sur tes propres origines, je n'y vois aucun inconvénient ! Je comprends très bien ce souhait, et je le respecte. Je... Je ne veux pas te forcer. » lui assura-t-il avec conviction. « Quant à moi... »

Sa voix se brisa sur la fin. Siothrún cachait sa nature à l'Entre-Monde depuis 15 ans, si certaines personnes le savaient, c'était suite à de nombreuses années de collaboration - il eut une pensée pour Leslie. Mais là, il en avait trop dit - ou pas assez. Autant continuer. Prenant une inspiration, son regard se perdit dans l'onde de l'eau dans son verre.

« Ma... mère, » commença-t-il avec une pointe de nostalgie, « est une humaine, ce qu'il y a de plus basique, infirmière à l'hôpital - hem, c'est l'équivalent des guérisseurs du Sanctuaire. Mon père... En fait, je ne le connais pas. Tout ce que je sais de lui, est qu'il est un dieu ayant pris forme humaine pour... heu... prendre du bon temps ? De ce que je sais de lui, ce pourrait être vous ! »
Siothrún eut un petit rire, fronçant ensuite les sourcils, l'idée étant vraiment très, très bizarre.
« Heu - enfin ! » se reprit-il. « J'ai grandi avec l'absence d'un père que pourtant j'adorais. Mes... divines origines, dirais-je, effrayaient les autres enfants ; j'étais délaissé à cause d'un père inconnu. Certains voient cela comme un honneur, une force, ou une fierté. Moi, on ne m'a légué... que des yeux maudits, » expliqua-t-il avec une amertume et un mépris envers ses propres yeux.

Des yeux qu'il leva, quittant ce verre d'eau, pour les poser sur Karan qui l'avait écouté. Ce faisant, Siothrún avisa le serveur qui venait vers eux, leur commande dans les mains. Le blond se redressa, reprenant un peu de contenance et clignant des yeux, comme sorti d'un rêve irréel. Avec politesse, l'employé leur déposa leur plat, versa un verre de vin au prêtre avant de leur souhaiter bon appétit. Naturellement, le demi-dieu le remercia. Après que celui-là se soit éloigné, il reporta son attention sur Karan.

« Voilà, en résumé. Je me répète, mais, j'insiste : tu n'es pas obligé. Moi, je suis piètre menteur - oh, quel euphémisme ! Mais je me complais volontiers à t'imaginer en Dieu de la patience et de la tempérance - je suppose... qu'il en faut, avec moi. » tenta-t-il de plaisanter, un sourire infini reconnaissant sur les lèvres.
Siothrún Nolan
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Re: Bras dessus, bras dessous

le Mar 9 Juin - 12:10


Le soldat était sans voix. Siothrún avait accepté avec une rapidité déconcertante ce marché peu honnête, il devait bien l’avouer. Marchander des révélations de ce genre lui vaudrait bien de se sentir cruel envers le jeune homme.
Pourtant, il ne se sentait pas du tout coupable. Il sourit, serein. Il venait de comprendre comment Siothrún fonctionnait. Ce n’était pas glorieux de forcer la main à une personnalité si introvertie, mais c’était efficace.

-Je pense qu’il faut être plus malin que patient pour t’apprécier. Jusqu’à maintenant tu es d’une agréable compagnie, la difficulté consiste à t’aider à participer à la conversation.

Malin, c’est le mot. A moitié espiègle, à moitié cruel…

-A mon tour d’honorer ma part du marché.

Son sourire disparu et il se souvenait d’un autre temps. Il avait la sensation de décevoir, sans avoir prononcé un mot, la curiosité de son compagnon. Patience et tempérance… Il ne pouvait pas être aussi loin du compte !

Il s’éclaircit la gorge et se repositionna sur son siège. Cette anxiété n’était pas habituelle chez lui. S’en rendre compte ne faisait qu’accentuer son malaise.

-J’ai oublié ce que j’étais avant d’être un dieu. Je me plais à croire que j’étais humain… Un homme devenu un héros. La guerre pour laquelle j’étais doué a créé une légende, la légende est devenue un mythe puis un dieu. On m’a vénéré pendant des millénaires, même après ma mort. On m’a gratifié de toutes les vertus imaginables !

Il inclina la tête, amusé au souvenir de ses anciennes vertus, ses pouvoirs. Il ne goûtait pas le mal, ne percevait pas la tentation, n’écoutait que la vérité… Un paquet d’âneries.

-Si bien que le culte m’a redonné la vie. Des sacrifices furent nécessaires pour faire réapparaitre le héros. A la façon d’une arme j’ai de nouveau mené des batailles, combattu… J’étais devenu un symbole. Je ne m’attendais pas à ce que les sacrifices consentis pour me faire revenir gardent leur vitalité en moi. Je me suis découvert des qualités et des défauts qui entachèrent le dieu mais firent de moi un peu plus un homme. J’ai redécouvert le regret, le doute, la tristesse… J’ai appris à redécouvrir les nuances de la vie.

Une sacrée ironie, lui qui devait être le symbole de la guerre du bien contre le mal, très relatif, il ne pouvait plus voir qu’en nuance de gris à présent.

-C’est pourquoi j’ai abandonné mon monde en guerre et j’ai refait ma vie dans l’Entre-Monde. J’espérais ne pas revoir de bataille si vite…

Il remarqua la longueur de son monologue quand il goûta son plat partiellement refroidi.

-J’ai beaucoup parlé… Bon appétit.
Karan
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Re: Bras dessus, bras dessous

le Jeu 11 Juin - 19:00


D'une agréable compagnie, lui ? Était-ce un mensonge de politesse, ou une vérité qui se voulait rassurante ? Bien sûr, Siothrún se complaisait à songer à la deuxième possibilité. D'autant plus que son petit défaut était également dévoilé, s'il savait comment utiliser ses mains pour s'exprimer sur une toile, il en était autre chose de sa conversation. Ce soir, il avait lutté contre ses mauvaises habitudes avec beaucoup de difficultés. Il lui semblait presque que ses zygomatiques étaient fatigués d'avoir plus servis que d'ordinaire - à moins que ce ne soit le stresse qui soit à l'origine de sa crispation.

Cependant, écouter les autres était un plaisir pour lui. Sa curiosité, principalement, ronronnait de satisfaction alors qu'il buvait les paroles de Karan. Son histoire était pour le moins épatante - terrible certes, mais épatante. Le demi-dieu se rendit compte à quel point il était loin de la vérité. Mais comment aurait-il pu imaginer, sous ce visage serein et souriant, un redoutable combattant ? Le terme de sacrifice lui donna un frisson, mais s'ils étaient à l'origine de la personne formidable qu'il semblait être, Siothrún pouvait bien occulter ce petit détail. Aussi étrange que cela puisse être, cette sombre histoire ne fit que renforcer son admiration pour le dieu qui avait, semble-t-il, fui un monde en guerre pour ne plus avoir à se battre.

En effet, Karan avait beaucoup parlé - ce qui n'avait pas dérangé son interlocuteur outre mesure. À peine Siothrún avait-il picoré un petit bout de fruit du bout des lèvres, trop attentif aux mots prononcés. Même s'il avait compris son silence, la vérité le touchait d'avantage. De manière machinale, il souhaita bon appétit en reportant son regard vers son assiette. En coupant son poisson, il retourna les mots dans sa tête, prenant conscience de ce que tout cela impliquait - notamment le fait que, malgré sa cécité, le dieu ne devait pas être inoffensif, ah, il imaginait bien les petits téméraires qui avaient dû s'en mordre les doigts.

Deux bouchées plus tard, le demi-dieu quitta son air songeur pour relever des yeux, attristés, vers Karan.
« Voilà quinze années qu'Entre-Monde vit dans une paix relative... Et aujourd'hui, les Dieux nous menacent d'une guerre, » exposa-t-il.

Quelle ironie cruelle. Il cherchait ici la paix, et se retrouvait prisonnier de ces terres qui, bientôt, allaient être à leur tour à feu et à sang, au nom de 8 Dieux trop orgueilleux. De plus, il était prêtre : avec ce qui s'annonçait, qu'allait-il pouvoir faire ? Peut-être allait-il devoir reprendre les armes - cette idée peina Siothrún. Il espérait sincèrement que cela n'irait pas jusqu'à la guerre, qu'il allait y avoir un compromis, quelque chose qui puisse éviter des morts injustes. Tout cela semblait si loin - et en même temps, si imminent.

Il mâcha distraitement un instant, hésitant, puis se décida à le demander :
« Si... Si elle venait effectivement à éclater... Que ferez-vous ? »

Peut-être Karan n'en avait-il aucune idée, à son instar. Que pourrait-il faire pour aider ? Le blond ne savait ni se battre, ni se défendre, il n'avait pas de compétence particulière pouvant être utile à une guerre, n'avait pas un métier essentiel au fonctionnement de la société, autrement dit il serait certainement inutile. Il pourrait toujours essayer le Sanctuaire : il connaissait les gestes de premiers secours grâce à sa mère, et l'avait déjà vu recoudre un bras, ça ne paraissait pas très compliqué. Néanmoins, y songer insinuait un sentiment d'effroi dans son cœur. Il ne pouvait être sûr que d'une chose : il n'était pas prêt à vivre les horreurs d'une guerre.
Siothrún Nolan
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Re: Bras dessus, bras dessous

le Jeu 25 Juin - 18:36


En silence ils goûtaient leurs plats. Karan trouva le sien pas trop mauvais bien que le mélange du sel et du sucre ne lui racontait aucune histoire en particulier. Au moins, il avait bien fait de prendre un vin doux. Il se souvenait avoir déjà testé les crus de Ciel, et les vins de l'antiquité ont plus en commun avec les vinaigres rouges...

Il regretta d’avoir lui-même ouvert la conversation sur la guerre imminente. En parler la rendait tellement plus réelle et tellement plus proche. Il posa ses couverts, préférant de loin siroter son vin.

-Ce que j’aurais fait dans cette situation y a plus de quinze ans.

Il s’essaya au sourire. La guerre avait le chic pour détériorer l’ambiance.

-Je suis d’abord prêtre de Na’keisärin, aussi je vais m’assurer que le temple puisse accueillir ceux qui ont besoin d’un abri. Si je dois éliminer toute la faune d’Ing pour y arriver, je le ferai. Bien sûr, je suis aussi un milicien de K’ien. Même aveugle et en réserve, je participerai au combat dès que mon miroir m’ordonnera de me poster au front. En attendant…

Pour un cumul de métiers, Karan était un expert dans le domaine.

-Je suis aussi commissaire de K’ouen, je suis certain que les problèmes ne viendront pas uniquement de l’extérieur de nos frontières. Il faudra bien s’en charger.

Il posa son verre.

-Et toi Siothrun, que comptes-tu faire pendant les conflits ? Si tu vis en ville, je te conseille de ne pas trop t’aventurer dehors et de prendre soin de tes proches. Pendant la guerre, les disparitions seront plus nombreuses car plus faciles.

Karan espérait secrètement que le timide jeune homme n’irait pas se porter volontaire pour tenir le front. Il n’avait pas les épaules pour ça. Ce serait un gâchis dont il se passerait d’être le témoin.
Karan
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