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Re: Promesse

le Ven 28 Avr - 23:31


Pendant qu'Atrya regardait ses gribouillis, lui ne pouvait s'empêcher de regarder son modèle d'il y avait deux jours. Qu'aurait-il pu faire d'autre, à part fixer ses pieds ? Et puis, l'attention du triton étant attrapée par quelques feuilles, l'occasion d'admirer ce beau visage se présentait. Atrya était unique en son genre ; il était difficile de croiser beaucoup d'autres hommes aux cheveux de sable, aux perles d'eau et aux branchies papillonnantes. Le mouvement qu'elles faisaient étaient, par ailleurs, fascinant. L'artiste se demandait en quoi elles pouvaient être utiles en ce moment ; ou était-ce parce qu'elles étaient sensibles au froid ? La sensation au toucher devait être inédite - bien sûr, il ne le saurait pas de sitôt. En l'observant, Siothrún se fit à nouveau la réflexion que ce visage était beau (et qu'il pourrait en refaire un autre portrait, mais le lieu ne s'y prêtait).

Mais la voix chargée d'émotion, sur laquelle il ne s'était pas immédiatement arrêté car trop obnubilé par son observation, finit par l'interpeller. En clignant des yeux, le demi-dieu reprit ses esprits et remarqua enfin les yeux chargés. Sa première réaction fut l'empathie - l'émotion qu'il voyait lui revint à la figure, serrant sa gorge. Par pudeur, il baissa finalement les yeux. Puis la panique commença à l'inquiéter quand Siothrún se demanda pourquoi. Était-il la cause de ce chagrin ? Il s'imagina aussitôt avoir fait ou dit quelque chose d'inconvenant ou de déplacé, et l'idée qu'il ait pu blesser une personne aussi gentille l'embarrassa. Il joignit ses mains, ses doigts s’emmêlèrent nerveusement, peut-être pour cacher un léger tremblement, et il se mordit la lèvre inférieure. Son agitation témoignait bien son manque de décision. Il ne savait que faire. Un câlin ? Difficile d'avoir une plus mauvaise idée. Un mot de réconfort ? Sans connaître la cause du mal, il lui était complexe de trouver les mots. Le laisser tranquille ? Mais le temps s'allongeait et son inquiétude avec. Atrya semblait perdu - il ne savait où - si bien que le Souen finit par l'appeler d'une petite voix inquiète.

« Atrya ? »

Ses faibles tentatives échouèrent, ce qui ne l'aida pas à calmer l'ouragan qui ravageait sa pauvre tête. Il se sentait de plus en plus coupable puisque, à force de réfléchir, rien d'autre à part lui n'aurait pu blesser le triton. Un claquement au loin fit sortir Atrya de ses pensées, ce qui n'aida en rien Siothrún. Les larmes semblaient toujours là, qui l'accusaient d'un crime. Il ne savait pas quoi faire à part le regarder d'un air désemparé. Il reçut la critique de très loin, tout à coup très peu concerné par ses dessins. Pour seule réponse, il hocha timidement la tête, qu'il finit par baisser.Sa lèvre devenait rouge à force d'être mordillée, mais le geste était plus fort que lui, dicté par son sentiment de culpabilité. Il réfléchissait à ses précédents mots et actes, peut-être s'était-il montré trop abrupt en lui proposant ses feuilles. Il les observait distraitement, entre ses mains, quand l'exclamation du K'an le fit sursauter.

L'idée qu'il proposât d'aller déjeuner pour ne pas lui avouer son méfait mit Siothrún dans un état pire encore. Il ne voulait pas s'échapper ainsi sans même s'être excusé. Alors, mu par un instinct de gentillesse ultra développé, le demi-dieu posa sa main sur le bras d'Atrya, légère mais présente, dans un geste qui témoignait aussi bien son empathie que son désir de le réconforter.

« Allez-vous bien ? demanda-t-il d'une voix douce et concernée, je suis désolée si j'ai dis ou fait quelque chose de mal, je ne voulais pas... »
Siothrún Nolan
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le Dim 30 Avr - 17:08


Après quelques recherches infructueuses dans ses poches, Atrya réussit à reconnaitre la texture granuleuse d’un mouchoir. Il l’extirpa de cette dernière et le déplia tout juste assez pour tamponner ses yeux. Il faisait froid et les larmes étaient glacées.
Il ne sut pas tout d’abord pourquoi le jeune homme face à lui était si concerné et le poisson observa un instant le mouchoir taché d’eau. Allait-il bien ? Oui, plus que jamais il était profondément heureux car il menait une vie simple remplie de petits plaisirs et de futurs souvenirs. Etait-ce la plus pure vérité ? Non, car Atrya se languissait de retrouver la mer. Sa patrie faite d’ombres bleues et de lumières pâles.

- Je suis un peu nostalgique, commença-t-il, tu ne m’as rien fait sinon me rappeler comme le monde est beau sous les eaux.
 
Il soupira et son sourire fut sincère.
 
- Si seulement je pouvais t’emmener là-bas !
 
Les yeux dans le vagues, Atrya s’imaginait déjà de retour et apportant avec lui un invité surprise. Il serait rapidement au centre des attentions, des curieux et des êtres les plus attentionnés que le poisson connaisse. Il était d’une nature optimiste, idéaliste et simple, Atrya ne voyait pas beaucoup de mal dans le monde ni chez les personnes qui y vivent. Ce n’était pourtant pas un idiot, le triton n’avait tout simplement pas assez expérimenté la surface pour être vider de cet espoir naïf.
 
En fronçant les sourcils et en plissant les yeux, le poisson observa de pied-en-cape Siothrùn. Il se fit à l’idée que ce ne serait sûrement pas le meilleur endroit où emmener un garçon aussi chétif et aussi maigrichon.
 
- Mais avant d’aller là-bas il te faudrait un peu de muscle et un peu de gras… Tu te ferais emporter comme du plancton. Te nourrit-on correctement là où tu vis ?
 
Atrya n’ayant pas encore intégré que les êtres de la surface vivent souvent seuls et en autonomie, il eut au moins la bonne idée d’ajouter :
 
- On va remédier à ça.
 
Il proposa son bras au jeune homme et avança en direction d’une borne de connexion, au moins à Cerclon, on ne manquait jamais d’informations, quand bien même on est un poisson qui a du mal avec le téléphone analogique.
Arrivé devant la borne de recherche, le poisson fut bien en peine de savoir comment elle marchait. Il tourna un regard innocent vers son compagnon de route et attendit patiemment que ce dernier veuille bien lui en montrer l’utilisation.
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le Lun 1 Mai - 19:52


Il n'avait peut-être rien fait aux dires d'Atrya, mais ces paroles réconfortantes ne parvinrent pas à calmer son tourment. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir la sombre pensée que, si peu de temps après leur rencontre, il faisait une bourde. Il ne parvenait pas à s'expliquer sa malchance, ou sa maladresse, ou sa malveillance cachée, mais il ne parvenait jamais à ne pas décevoir une personne. Bien entendu, le demi-dieu ne voulait pas causer ces malheurs, il n'avait pas la volonté de blesser ; et pourtant il était doué dans ce domaine. Il croyait toujours bien faire, mais ses échecs lui rappelaient continuellement pourquoi il était si solitaire. Sa culpabilité était loin d'être dissipée - au contraire était-elle confirmée, puisqu'il avait fait ces croquis qui, alors, rendaient Atrya si triste (c'était logique). L'inquiétude quitta son visage pour laisser sa propre tristesse s'exprimer. Il retira sa main du bras du triton pour la joindre à sa jumelle en baissant la tête. Il se sentait si désolé.

Mais son empathie se volatilisa en un temps record à l'exclamation du K'an. Lui, là-bas - c'est-à-dire en plein océan, sous l'eau, loin de la ville, hors de la ville ? S'il fut surpris, Siothrún fut aussi tout de suite inquiet. L'idée ne lui était pas du tout rassurante, à vrai dire. Plusieurs paramètres étaient en causes : tout d'abord, cela supposait de quitter la sécurité relative de la ville, qu'il n'avait jamais osé abandonner si non en portant son regard sur des zones inconnues. Ensuite, il n'avait aucun moyen financier de payer un tel voyage, le simple fait de se rendre sur le littoral lui était impossible. Après, il était un piètre nageur - il savait ne pas se noyer, c'était à peu près tout - et n'avait jamais pratiqué l'apnée, ce qui supposait de payer à nouveau pour un quelconque moyen lui permettant de respirer sous l'eau. À moins qu'il ne devînt riche par un quelconque moyen (le seul lui étant accessible étant un mariage d'intérêt, et l'idée était totalement incongrue), ce n'était tout simplement pas réalisable.
De plus, toutes ces raisons pouvaient être longuement argumentées par le demi-dieu qui n'aurait aucun mal à trouver de l'imagination pour fuir cette idée qui l'effrayait. D'aucun dirait qu'il se cherchait des excuses pour ne pas avouer sa peur.

« Heu... argumenta-t-il longuement. »

La remarque qui suivit cette proposition le rendit totalement honteux. Siothrún semblait passer par toutes les émotions avec le triton, il ne parvenait plus à suivre tout ce flot et sa tête n'arrivait plus à donner des ordres à son corps. Il baissa la tête encore plus, ses yeux se posèrent sur ses poignets trop fins pour un homme, ses genoux d'où se distinguaient les os, et il le savait, sous ses habits, ses côtes avaient le droit au même traitement. Si Siothrún avait apprit à se contenter de si peu en nourriture, cela n'avait d'abord pas été de son plein gré. Enfant orphelin à la fermeture des Miroirs, sa situation ne s'était pas améliorée avec son choix de carrière pathétique. Artiste, ça ne payait pas très bien, tandis que le matériel demandait de l'investissement - il suffisait de voir son lamentable immeuble à Magna pour comprendre sa maigreur. Pourtant, ça n'empêchait pas le Souen de rougir de honte.

Quand Atrya tendit son bras avec l'intention d'aller à ce restaurant dont ils avaient parlé avant de regarder les dessins, Siothrún bloqua un instant - son cerveau dut analyser l'information au préalable. Quand il comprit, il se dépêcha de glisser ses croquis dans son sac, tant pis s'ils étaient cornés, et d'attraper le bras du triton, sans songer un instant à la connotation du geste. La chaleur du toucher était agréable par l'hiver qui régnait. Il suivit son partenaire docilement jusqu'à une des bornes de Cerclon. N'étant pas un expert en technologie, son premier réflexe fut de laisser Atrya faire, mais quand il comprit que le grand blond avait un niveau aussi minable que le sien voire plus, le demi-dieu posa son regard sur l'écran en face d'eux.

« Heu, le plus simple est de lui demander directement, expliqua-t-il après avoir observé tous les boutons du menu ; puis il appuya sur un bouton en forme de micro et demanda : restauration. »

Aussitôt, l'écran changea et afficha tous les restaurants, du plus proche au plus éloigné - il y avait bien d'autres moyens de les classer, mais cela ne faisait pas partie des maigres connaissances du Souen. À l'aide de son doigt, Siothrún sélectionna le premier résultat, un descriptif de l'établissement et de son menu apparut à côté.

« Saperlipopette ! s'exclama-t-il en voyant les prix, dignes d'un restaurant gastronomique ; il sélectionna le deuxième et, quand il vit la mention "bar à sushis", il s'exclama à nouveau : Ouh là ! »
Siothrún se dépêcha de sélectionner le troisième résultat qui s'avéra être une crêperie aux prix corrects. C'était un bien meilleur choix que l'arnaqueur et le tueur de poissons - il n'était pas sûr que cela plaise à un triton. Il tourna son regard vers Atrya, levant la tête pour palier à sa petite taille.
« Qu'en pensez-vous ? »
Siothrún Nolan
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le Mer 3 Mai - 11:27


Atrya observa Siothrun faire, pour le triton le jeune homme s’en sortait très bien avec cette technologie. Il n’était pas très bon juge, au moins l’appareil fonctionnait. Intéressé par cette séance d’apprentissage improvisée, Atrya mit quelques secondes avant de sentir le regard de son compagnon revenir à lui. Il eut d’abord l’air surpris et compris qu’on lui demandait son avis.

- Oui ! Une crêperie c’est très bien. Où se trouve-t-il ?

C’est bien beau de l'appater avec un bon repas, mais où devaient-ils se rendre pour en profiter ? Le poisson-ange ne se posa pas de question sur le prix ou la qualité, il avait parfaitement compris que Siothrun préférait un restaurant abordable -au moins était-il un minimum avisé pour comprendre ce genre de détails- mais lui, ne sachant vraiment faire la différence se serait plu n’importe où dès l’instant où son quota de protéines était rempli. Au moins avait-il de quoi payer sur lui… Ayame s’en était assuré avant de déposer son grand “petit” à Cerclon.

Ce qui n’était pas une mince affaire. Les poisson-anges étant carnivores, leur régime alimentaire devient bien plus gourmand dès lors qu’ils possèdent deux bras et un demi-corps humanoïde.
Atrya, impatient, lorgna l’écran par dessus l’épaule de Siothrun.
Il lut l’adresse et se trouva bien confus d’avouer :

- ...Cet appareil pourrait-il nous afficher un plan ?

Avoir l’adresse est une chose, savoir comment s’y rendre en est encore une autre. Décidément, l’animal était bien mieux préparé à une confrontation avec un banc de narvals affamés que pour un déjeuner convivial à Cerclon.
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le Mer 3 Mai - 19:24


Bon, il se débrouillait pas trop mal, ça allait. Siothrún était un peu perdu face à l'écran, il regardait un peu partout, s'interrogeant sur les sigles qui ne lui étaient pas familiers. Mais il avait su trouver un restaurant qui plaisir à Atrya, ce qui était une aubaine. Mais la seconde question raviva sa technophobie, malgré la pertinence de l'information demandée. Effectivement, trouver un nom d'enseigne était une chose ; le restaurant en lui-même était une autre. C'était essentiellement pour cette raison que le demi-dieu n'était pas à l'aise avec ces écrans : ils pouvaient donner toutes les informations demandées mais ne jamais rendre compte de la réalité de ces informations (c'était le même principe pour les images, la nourriture avait l'air appétissante mais parfois, elle n'en avait que l'air).

« Normalement, oui, répondit-il à Atrya, mais je ne sais plus comment. »

Fronçant les sourcils, il regardait l'écran et, dans une tentative, apposa son doigt qui ne lui fournit pas de plan mais des informations complémentaires - ils se moquaient un peu de connaître le nom du chef ou le nombre de couverts.

« Flûte, pas ça, disparais. »

Et, sans comprendre comment - en fait, son doigt avait effleuré l'écran, en dehors de cette petite fenêtre d'information - ce qui était apparu disparut, permettant à Siothrún de se plonger à nouveau dans la contemplation de cette étrange image numérique. En cliquant sur le bouton juste à côté de celui qui avait ouvert la fenêtre d'information et qui était un petit dessin rectangulaire, l'écran changea brutalement. Un instant, il crut avoir fait une bêtise, mais l'image représentait la borne devant laquelle ils étaient, avant que le plan s'élargisse et devienne transparent. Un trait orange se traça de lui-même, jusqu'à s'arrêter en une flèche. Le plan était en perspective, car le chemin, globalement, descendait plusieurs étages en dessous d'eux. Il leur fallait emprunter plusieurs escaliers, parcourir un petit couloir et ils y étaient. Le chemin était facile.

Ils parvinrent ainsi à trouver un petit établissement à la devanture coquette - mais toujours dans le style moderne de Cerclon - en empruntant, parfois au hasard, un chemin qu'ils interprétèrent comme celui qui leur avait été indiqué, non sans quelques doutes. Le Souen fut surpris en découvrant que le mur opposé à l'entrée était constitué de grandes baies vitrées donnant sur l'intérieur de la ville. Tern était parfaitement visible, et le soleil timide de cet hiver éclairait la salle. C'était jolie et la vue donna aussitôt envie à Siothrún de sortir feuille et crayons. Mais une serveuse souriante les accueillit aussitôt pour les placer. La salle n'était pas pleine, mais quelques personnes profitaient de la pause déjeuner pour discuter autour d'un bon plat.

Le menu entre les mains, il ne parvenait pas à lire ce qui était écrit. Ses yeux voguaient sur les lignes sans en comprendre le sens. Son esprit était ailleurs. Là, assis, silencieux car ils regardaient tous les deux ce menu, l'esprit de Siothrún revenait quelques minutes en arrière. Sa poitrine se resserrait ; ses yeux se levèrent discrètement sur le visage fin du triton pour y déceler un reste de tristesse. Il se mordit la lèvre inférieure (dont il n'avait toujours pas remarqué la guérison, tête en l'air qu'il est) et se décida. Il reposa la carte, ses doigts enserrant toujours les coins, mais cette fois-ci nerveusement, et, fixant les mots sans les comprendre, il coupa le silence :

« Je-Je suis vraiment désolé... de vous avoir peiné. J'étais emballé par la vision que vous me proposiez et... il lâcha un court soupir résigné, puis reprit sa phrase : et je n'ai pas pensé que vous en souffririez. Excusez-moi. »

Il reprit alors son mordillage de lèvre, les yeux toujours baissés. Ses joues s'étaient teintées de rouge de son audace. Pourtant, il pensait chacun de ses mots.
Siothrún Nolan
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le Lun 8 Mai - 15:56


Atrya consultait le menu depuis une minute déjà et sa concentration était aussi faible que possible. Il était affamé et les plats se ressemblaient tous. Pour se libérer d’un choix impossible à faire, le poisson-ange se décida bien vite à prendre le premier plat inscrit sur la liste et contenant de la viande. Il déposa sa carte distraitement au coin de la table lorsque Siothrun retint son attention.

- Je me suis remémoré de bons moments, dit-il.

Siothrun était anxieux et contaminait Atrya. Le triton ne pourrait pas apaiser le jeune homme avant de s’apaiser lui-même. Il renvoya la serveuse d’un sourire quand elle vint chercher leur commande, puis il prit le temps de réfléchir à sa réponse.
Les dessins étaient magnifiques et s'il avait prit des photos de ces instants magiques par le passé, les clichés auraient été identiques.

C'est vrai, Atrya était triste. Il jetait sur le passé un regard emplit de nostalgie et de reconnaissance. Ils en vivraient d'autres et, malgré tout, ceux-là étaient uniques.

Cela le troublait que son compagnon se rende malheureux pour lui. Dans l’Entre-Monde il avait rencontré des monstres mais aussi des gens biens. Des personnes autonomes et parfois paternalistes à l’image d’Ayame. Si chacune d’elles prenaient soin de lui d’une manière ou d’une autre, ils n’ont jamais été heureux ou triste pour lui. Ces gens étaient responsables de lui, responsables pour lui.
Il se sentait redevenu un enfant, au ventre de sa mère et parcourant la mer dans son sillage. Cela n'ôtait rien à leur gentillesse. Siothrun faisait preuve, lui, de bonté.

Il trouva quoi lui répondre. Atrya n'était plus triste, plus vraiment. Il était reconnaissant.

- Je suis certain que tu as toi aussi des souvenirs qui te rendent tristes lorsqu’ils te reviennent.

Retournerait-il dans l’eau, définitivement, si l’occasion se présentait ?
Non, pour rien au monde il n’abandonnerait cette vie, cette nouvelle aventure qui ressemble pour une sirène à la découverte d’une planète étrangère.

- Ce sont de bons souvenirs, d’une autre époque, impossibles à revivre et dont tu ne regrettes pas un seul instant.

Il lui offrit un sourire solaire, serein.

- Je ne suis pas triste, conclut-il, je te remercie de m'avoir rappelé ces moments. On commande ?
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le Mar 9 Mai - 22:52


Le regard qu'avait eu le triton hantait son esprit - Siothrún pouvait voir bien des choses, tout ce qu'il voulait même, mais ce n'était pas pour autant qu'il aimait tout ce qu'il voyait. La tristesse elle-même le rendait triste ; il n'y pouvait rien, comme s'il était une éponge qui ne pouvait qu'absorber ce qui l'entourait. Ainsi il la cristallisait en lui, froide et pesante, alors même qu'il n'en comprenait pas les raisons. Certains disaient que ses réactions étaient bien trop disproportionnées, mais le Souen ne faisait que prêter attention au monde qui l'entourait.

Les bons moments qu'évoqua Atrya firent relever le regard de l'artiste. Il craignit de revoir la peine dans les yeux rubis, inconscient qu'elle s'était logée dans les siens, pourtant ils semblaient plus pensifs. Il ne remarqua même pas le passage de la serveuse, trop concentré sur le visage du grand blond, qui garda le silence un instant. Siothrún ne dit rien - il ne savait pas quoi dire et sentait que ce n'était pas à lui de parler (s'il avait dit cela à voix haute, on l'eût pris pour un fou). Il laissa ce temps s'échapper, sans rien faire d'autre que de regarder ce visage qu'il avait dessiné il y avait quelques jours. Il comprenait parfaitement son geste - le K'an avait un beau visage, en toute objectivité, qui avait cette touche de merveilleux propre à enflammer un artiste un peu trop zélé. Il fallait vraiment qu'il arrête de le complimenter dans sa tête.

S'il avait lui aussi des souvenirs qui le rendaient triste ? Automatiquement, Siothrún baissa la tête pour cacher derrière ses mèches blondes toute la misère qui devait transparaître dans son regard. Il n'avait pas à réfléchir une seule seconde ; cela faisait des années qu'il les ressassait inlassablement. Sa mère et son ancien monde constituaient un néant dans sa vie, dans lequel il tombait invariablement sans trouver de prise. Il aurait pu les oublier, du moins apprendre à vivre avec cette absence - comme toutes les personnes vivant à ce jour à Entre-Monde parce qu'ils étaient restés coincés, à la fermeture des miroirs. Il n'avait pu. Pourtant, sa peine n'était pas plus forte qu'un autre - à l'orphelinat, ils étaient tous dans le même état, certains étaient même plus pathétiques que lui, qui se contentait de devenir comme inexistant jusqu'à ce qu'il puisse retourner chez lui. Mais contrairement à eux, il n'avait pu détacher son regard de ce passé.
Il avait corrompu ces souvenirs en portant son regard là où plus personne ne pouvait aller, il avait vu ce qui ne pouvait pas être vu, il avait transgressé cette frontière constituée par les miroirs, et avait passé des heures à regarder sa mère et tout ce qui lui était cher, sans jamais pouvoir les atteindre. À chaque fois qu'il revenait à Entre-Monde, le vide l'avait encore attiré, il s'enfonçait un peu plus. Il savait tout le mal que lui causaient ses yeux, il avait appris que voir l'inaccessible n'était pas un don, mais bien une malédiction ; et pourtant il s'acharnait, comme un assoiffé en quête d'une goutte d'eau.

Siothrún ne connaissait que trop bien ces souvenirs heureux mais qui faisaient tellement de mal.

Lui regrettait beaucoup de choses. Atrya n'était pas comme lui, il faisait partie de ceux qui avaient appris à vivre avec ce passé révolu et perdu - c'était une bonne chose. Depuis bien des années, le Souen connaissait ce tourment sans qu'il ne s'apaisât (au contraire), cela le rongeait et pour rien au monde il ne souhaiterait qu'une autre personne partage ce fardeau. De voir le sourire du triton allégea son cœur : il était soulagé que, malgré son erreur (il n'en démordrait pas sur ce point), Atrya eût ce sourire si sincère et que toute trace de tristesse eût disparu. Et, sous ce beau sourire, l'artiste en fut contaminé, ses lèvres arrêtèrent de se blesser pour sourire à l'heure tour, d'un sourire plus timide certes, mais pas moins sincère et beau. Là, bêtement, il était heureux de voir le triton heureux. Craignant que sa voix ne cède sous l'émotion, il opina à la demande.

Alors que la serveuse arrivait, toujours souriante et agréable, Siothrún se dépêcha de jeter un œil sur la carte - il ne l'avait même pas lue, finalement ! - et s'arrêta sur la partie végétarien - les viandes étaient plus chères en général - pour prendre le deuxième choix - dont il regarda avant tout le prix, correct et rentrant dans son maigre budget. Elle repartit avec les menus et, durant une seconde de silence, le demi-dieu songea à ses esquisses. Dans la continuité de leur conversation, il demanda d'une petite voix :

« Est-ce que... heu... Cela vous ennuie-t-il si je les peins - les esquisses ? Je comprendrais que oui, et, hem... Vous- Est-ce que vous voudriez un des tableaux ? »

Proposer ainsi son travail le gêna et, bien malgré lui, il reprit son masticage de lèvre inférieure.
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le Dim 14 Mai - 16:31


La carte de nouveau ouverte devant son visage, Atrya mis à rude épreuve les nerfs de la serveuse. S’il écoutait son ventre, il commanderait toute la carte. Conscient que ses ressources ne suffiraient jamais à tout payer et, puisque Wergeld le lui avait dit très clairement, personne au palais ne ressemblait à la banquière, le poisson-ange dû choisir.
Devait-il plutôt prendre une galette ou bien un plat plus copieux ? De la viande ou du poisson ? Des légumes ou bien autre chose… Atrya se rebiffa contre le choix bien trop généreux disponible sur la carte et après quelques minutes à faire trépigner la serveuse, il en revint à son choix initial et se promit que si sa faim n’était pas satisfaite il en reprendrait.
Elle les quitta avec les cartes sous le bras dès qu’il eut confirmé sa commande.

Ce temps avait permis au jeune homme de faire le point avec lui-même. Aussi optimiste et naïf qu’un triton fraîchement débarqué du fond des mers, le guérisseur n’en était pas moins assez intelligent pour concevoir que Siothrun était en difficulté depuis qu’il avait vu les esquisses. Ces dessins étaient d’une précision remarquable, se disait-il, pour des représentations faites d’après quelques phrases prononcées dans un bar, elles étaient très fidèles.

Peut-être aurait-il remarqué que Siothrun savait plus de choses qu’il n’y paraissait mais, avec cette humilité qui était sienne Atrya mis de côté cette question et se contenta d’accepter les faits tels qu’ils étaient. Il acquiesça profondément et élargit un sourire confiant.

- Tu peux oui.

Est-ce qu’il voulait un tableau ?

- Oui, ce serait vraiment bien. Je pourrais l’accrocher sur les murs entourant mon bassin.


Mais l’humidité n’allait-elle pas l’abîmer.

- Je ne sais, dit-il le regard perdu à ses pensées trop vives. La pièce est très humide, ou bien je pourrais trouver quelque chose pour le protéger… Alors oui, j’en voudrais bien un.


Atrya s’accouda à la table et observa la salle.

- Comment fais-tu pour savoir si bien comment était-ce dans mes souvenirs ?

Finalement la question était sortie d’elle-même.
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le Ven 19 Mai - 23:53


Le oui du triton lui redonna instantanément le sourire. Cet assentiment était plus que flatteur pour Siothrún qui n'avait que trop peu la chance d'être exposé qu'ailleurs que dans son humble demeure. Il songea un instant qu'après son angoisse, Atrya était bien parti pour le faire sourire le reste du temps qu'il leur restait. Il écoutait ses inepties d'artiste et le complimentait, puis acceptait une de ses œuvres aussi facilement, cela ne pouvait que rendre le Souen heureux et léger. Le grand blond était définitivement une personne gentille et charmante. La perspective qu'il lui offrait, à savoir son tableau sur un mur, visible pendant qu'il barboterait dans son bassin - une pensée volubile le traversa, demandant s'il s'y baignait avec des pieds ou des nageoires - lui faisait plaisir. Même s'il ne connaissait les lieux, Siothrún imaginait très bien. La mention de l'humidité était juste, en effet - au fil du temps, la peinture perdrait de son éclat et s'écaillerait - mais il n'eut même pas à réfléchir pour trouver une réponse à ce problème, ce qu'il s'empressa de dire :

« La résine que nous cherchons pourra aussi la protéger de l'humidité de la pièce. Avec un cadre hermétique, cela sera très beau ; je prendrais une toile aux dimensions standards, pour en trouver un plus facilement. »

S'il avait bien des idées, le demi-dieu n'avait pas encore déterminé le format et la taille qu'il prendrait. Il songea que le format marine irait à merveille avec la scène des méduses. Avec une facilité déconcertante, les idées et les images de ses futurs tableaux émergeaient dans sa tête. Ces quelques souvenirs l'inspiraient beaucoup. En moins de temps qu'il n'en fallait, il était parti dans ses pensées et ses rêveries, distrait par sa propre imagination. Il regardait en face de lui, sans vraiment voir les yeux rouges qui lui faisaient face, emporté dans ce monde accessible qu'à lui. Sa main jouait distraitement avec la fourchette sur la table, la bougeant très légèrement. Bien sûr, ses oreilles perçurent la voix d'Atrya, mais si le son l'entourait, son cerveau embrumé d'images sous-marines n'en décoda pas le sens immédiatement. Il lui fallut une seconde de silence pour se rendre compte qu'une réponse était attendue et ses yeux distraits papillonnèrent. Revenu à lui, le demi-dieu put saisir le sens des mots prononcés et, n'ayant pas - ou plus - le temps de réfléchir à sa réponse, il parla avec spontanéité :

« Oh. Je dois dire que vous les avez très bien décrit, pas seulement pragmatiquement... avec vos impressions aussi et, j'ai tout de suite su les imaginer, confia-t-il en esquissant un sourire timide, la tête légèrement baissée et les yeux levés. Bon, comme je n'ai jamais été au fond de l'océan, je me suis aussi rendue à la bibliothèque pour me renseigner, hm, à propos... de certaines espèces, ce genre de choses, et j'ai... »

Soudain, Siothrún se tut. Il bloqua un instant, la bouche encore ouverte, avant de la refermer d'un coup sec. Il s'était rendu compte à la dernière seconde des mots qui allaient passer ses lèvres. Ses paroles étaient vraies : il n'avait eu aucun mal à être transporté par les souvenirs, il y avait deux jours de cela, et son esprit avait formé une image avec facilité. Quant à la bibliothèque, ces dires étaient étaient exacts également - durant une de ses nombreuses visites à une Eva toujours surchargée de travail., il avait ouvert quelques livres sur la faune et la flore maritimes, qui s'étaient avérés très intéressants et riches en images qui l'avaient fait plus rêver encore. Seulement après, il avait porté son regard dans ces endroits si bien décrits qu'il avait pu les découvrir. Cette nouvelle vision lui avait permis d'affiner l'image qu'il avait en tête et la corriger, ce qui faisait que ces premiers croquis étaient déjà très fidèles à la réalité. Mais le demi-dieu ne pouvait pas dire cela, il s'en interdisait, et sa phrase non terminée posait problème : il fallut qu'il mentît, et comme toujours, son don pour le mensonge fut épouvantable.

« Et... rien ! Pourquoi j'ai dis et ? rit-il nerveusement. Et c'est tout, voilà ! »

Siothrún souriait nerveusement, conscient de sa maladresse pathétique. Il fallait trouver un autre sujet de discussion, quelque chose pour détourner l'attention du triton de sa bourde, quelques mots qui supplanteraient les précédents. Ses mains passaient sous la table s'agitaient, ses doigts se mélangeaient, ses yeux voguaient d'un point de la table à un autre, son cerveau fonctionnait bien plus vite qu'à son habitude, à la recherche d'une parade.

« Sinon... commença-t-il, pour gagner un peu de temps. Ça-ça me fait plaisir que vous acceptiez, dit-il en rosissant. Oh ! Lequel voudriez-vous avoir ? »

Il se félicita intérieurement, surpris d'avoir trouvé cette excellente question - il lui avait proposé trois croquis, il fallait en choisir un (cela dit, si Atrya insistait, l'artiste serait capable de lui céder les trois, ou plutôt il serait incapable de le lui refuser). En prime, le cri d'un enfant installé à une autre table attira l'attention du Souen - le petit s'extasiait devant la neige. En tournant sa tête, Siothrún remarqua qu'en effet, la très légère neige qui recouvrait leurs cheveux précédemment, s'était intensifiée et tombait avec force sur Tern.
Siothrún Nolan
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Re: Promesse

le Sam 20 Mai - 17:15


Si on lui demandait son avis, Atrya serait bien en peine de le donner ; toile standard, la fameuse résine pour protéger les dessins du jeune homme… Oui c’était très bien ! Ça le serait s’ils trouvaient cette résine rêvée résistante à l’eau de mer. D’ici là, Atrya se contenterait de dire qu’il était d’accord. Il verrait bien. Puisqu’il avait commencé à hocher mécaniquement du menton, il continua un moment même lorsque Siothrún se prie les pieds dans son propre mensonge.

On peut être un triton mis en difficulté par les mœurs d’une société de surface et savoir reconnaitre un mensonge quand on en voit un. Atrya plissa les yeux, deux fentes sombres sous une frange de sourcils blonds et élargit un sourire sur ses joues brusquement creusé deux fossettes.
C’est tout. C’est tout ce qu’il voulait dire de lui et son silence éloquent ne révélait rien de ses intentions premières… Rien du tout, n’est-ce pas ? S’amusant intérieurement, Atrya lui céda sans difficulté, son jeune compagnon avait le droit de garder des secrets. La curiosité du poisson-ange n’était certes pas satisfaite, mais au moins le jeune homme allait mieux.

Le triton ne percevait plus ce profond malaise qui avait torturé Siothrún. Il mit un certain temps à en comprendre la raison du malaise et les voilà que tous les deux partaient sur une nouvelle conversation malaisante… Il fallait y couper court avant qu’elle s’envenime.

- Tu es très doué et ce doit être une sacrée coïncidence de réussir à représenter les ossements de cette carcasse de baleine si précisément sans l’avoir jamais vue avant.

Conscient qu’il faisait, pour la première fois en la présence du jeune homme, une remarque à deux niveaux de lecture, le poisson s’étonna lui-même et préféra s’excuser d’un regard malicieux. Il ne pousserait pas le garçon à se livrer, ce n’était pas utile, Atrya comprenait que Siothrún faisait partie de ces gens extraordinaires avec un don. Un cadeau qu’il assumerait toute son existence durant et peut-être l’utiliserait-il à bon escient.

Atrya n’en finissait plus d’être surpris, il se trouva bien bête à devoir se décider sur lequel des dessins il voulait.

- Je ne sais pas, avoua-t-il après un temps de réflexion. Ils étaient tous magnifiques. La baleine, fit-il aussitôt. Je crois qu’elle me plairait beaucoup.

Puis, son côté malicieux de retour, il ajouta :

- Je dois te conseiller de te renseigner sur cette baleine à la fin du printemps. Les récifs ne sont pas les mêmes, la lumière est spéciale en ce moment là.


Il fut interrompu par les plats déposés sur leur table.
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