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Douceur sucrée

le Jeu 15 Jan - 15:31


Quelle idée de monter dans les cieux en plein hiver ? Il faisait plus froid ici que n'importe où ailleurs. La neige, et la glace étaient bien plus présentes, les rues étaient pratiquement désertes. En soit, un tableau d'une grande beauté.

Voici ce qui attirait indéniablement Siothrún : la beauté. Il avait un don pour en voir partout, mais l'hiver était particulier. Il aimait immortaliser les paysages figés, hibernant dans toute la ville. Le demi-dieu faisait le tour des quartiers, aujourd'hui le Ciel l'avait attiré à lui. Il avait toujours apprécié la vue de là-haut, tout comme ce qu'il pouvait trouver en son cœur. L'architecture n'avait eu de cesse de l'impressionner, aussi le dessinait-il souvent. En effet, aujourd'hui, le demi-dieu avait cette envie de parcourir les rues vides et d'immortaliser la création humaine - et autres créatures humanoïdes. Le dessinateur s'arrêtait à des endroits improbables, s'asseyant une fois en plein milieu afin de dessiner au crayon fin les maisons d'où s'échappaient de douces lueurs et d'agréables fumées chaudes.

Il faisait très froid, le bout des doigts de Siothrún étaient gelés, mais continuant de s'activer sur les feuilles de dessin. Aucune peinture par ce temps, mais il sortit ses crayons et un fusain. Aussi ses doigts étaient-ils noirs de leurs activités. Entre deux prises, il enfouissait ses mains dans ses poches, arrivant à peine à les réchauffer. Le vent venait frapper son visage rougi, agressant ses yeux qui laissèrent s'échapper quelques larmes dues au froid. Si bien qu'avec toute son inspiration, Siothrún ne réussit pas à résister indéfiniment. Après avoir finis un croquis au fusain, le jeune homme partit à la recherche d'un lieu accueillant où il pourrait se réchauffer un peu, avant de partir.

Un petit bar fut son refuge. Il n'y avait que quelques personnes, l'ambiance était très calme, ce qui plût au demi-dieu. À peine rentré, il sentit une vague de chaleur qui lui fit énormément de bien. Une cheminée d'où un feu grondait permettait cette agréable température. Il avisa quelques tables, mais les ignora et se dirigea vers le comptoir. Cherchant son badge dans son sac de vieux cuir, il hésita un instant à prendre un petit quelque chose à manger - mais se ravisa, il n'en avait pas les moyens.

« Bonjour, souffla-t-il d'une petite voix au barman, un chocolat chaud s'il vous plaît. »

Pendant que l'homme préparait sa boisson, Siothrún enleva ses mitaines, sortit son mouchoir et s'y moucha un instant, sentant son nez endolori. Puis, il s'assit au bout du comptoir, loin des deux hommes qui parlaient entre eux doucement. Frottant ses mains pour se les réchauffer, il se fit la réflexion de peut-être s'acheter un manteau plus chaud que sa fine veste délavée. Y avait-il au moins un avantage à être un demi-dieu : la maladie ne l'inquiétait pas, il était très très rarement malade, à peine 4 fois dans toute sa vie.
Installé, le jeune homme sortit ses feuilles qu'il regarda chacune, plutôt satisfait de son exploration et de son travail. Il s'agissait pour la plupart de croquis, qu'il finirait plus tard. Il décida de tout de suite commencé, avec un croquis au crayon de bois très réaliste d'une statue d'oiseau. Bien qu'il ne connaisse pas la race de cet oiseau, la statue lui avait beaucoup plût. Étalant quelques crayons de couleur, Siothrún entreprit de commencer à finir ce croquis.

Le barman vint poser son chocolat chaud devant lui : la vue d'un liquide fumant emplit le jeune homme d'une chaleur qui le rendit bêtement heureux. Il adressa son beau sourire à l'homme, qui ne pu s'empêcher de lui répondre par un petit sourire. Abandonnant un instant son crayon, l'artiste transi de froid entoura la tasse de ses doigts gelés : la différence de température le brûla un peu, il attendit patiemment qu'il se réchauffe doucement, la tête penchée sur la tasse. Observant d'un regard hypnotique le liquide, il respirait doucement en humant l'odeur. Ce simple instant le rendait étrangement heureux. Un petit sourire s'esquissa sur ses lèvres bleuies, ses paupières se fermant afin de laisser son odorat et son toucher l'envahirent de ces sensations.
Siothrún Nolan
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Re: Douceur sucrée

le Jeu 15 Jan - 16:29


Atrya n’avait quasiment jamais eu autant envie de retourner en mer jusqu’à aujourd’hui. Il s’était habitué aux sautes d’humeur de son employeur, aux caractères un peu spéciaux de ses gens aussi. Aujourd’hui était pourtant le pire qu’il vécut depuis son arrivée officielle au palais.
Les uns et les autres bouillonnaient intérieurement, coincés pour la plupart dans des bureaux qui n’ont jamais été étudiés pour recevoir autant de monde. Le pire n’était pas cette horde de commissaires réunis d’urgence. C’était K’ouen en personne. Un lion enragé en cage serait plus calme ! Et moins soupe-au-lait…

Atrya s’enfuit lâchement du palais quand l’humeur massacrante du Maitre s’abattit sur lui. Guérisseur de son état, il parait bien, Atrya n’essayait de faire que son devoir mais K’ouen était celui qui supportait le moins ses soins. Si bien que le gentil poisson en eut son compte pour la journée.
Les Hi-boux transits de froid le conduisirent jusqu’à une île de Ciel dont il oublia le nom. Le conducteur s’excusa de ne pouvoir aller plus loin, il lui conseilla même de prendre un zeppelin la prochaine fois. Il n’avait pas envie d’aller beaucoup plus loin de toute manière. Il le quitta après un bref salut.

Il n’avait simplement pas envisagé qu’il aurait froid, si froid. Habitué aux températures polaires du fond des mers, le poisson n’avait qu’à peine expérimenté le vent glacial de l’hiver sur Ciel, trop habitué à son bassin intérieur dans le palais pour s’occuper du climat extérieur. Quand ses frissons devinrent trop violents pour être maitrisé, il entra dans le premier commerce affichant porte ouverte.

-Qu’est-ce que je vous sers, tonna la voix du tenancier.
-Un…

L’autre attendit patiemment.
Atrya ne buvait quasiment rien, le choix était difficile.

-Un chocolat !
-Bien monsieur.


Atrya s’accouda au bar, frissonnant et frottant ses mains transies.
Son chocolat arriva, il le bouda peu intéressé par le contenu de la tasse, son regard se porta machinalement sur son voisin de comptoir, sur ses mains noircies au charbon.
Il n’avait pas la moindre idée d’où provenaient ces tâches.

-Est-ce que vous êtes blessé ?

Il désigna de l’index les mains du jeune homme.
Atrya Luyten
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Re: Douceur sucrée

le Jeu 15 Jan - 17:38


La douce effluve caressa les sens de Siothrún, qui s'y perdit peu à peu. Plongée dans son bien-être, son imagination s'affola de nouveau. Ses yeux fermés lui donnèrent l'illusion que cette chaleur et l'odeur de chocolat pouvaient appartenir non plus à sa tasse, mais à une personne qui l'enlacerait. Un contact physique tout aussi doux et chaleureux, un contact dont il manquait cruellement ces derniers temps. La situation de la ville rendait la population méfiante de tout, plus hostile et moins frivole - ses rencontres salvatrices devenaient rares. Seul depuis plusieurs mois, Siothrún le savait, il était indéniablement en manque - cette sensation de peau contre peau, rassurante, tellement humaine, lui manquait. Il n'avait ni amis intimes, ni petits-amis - seulement en rêve. Sa solitude lui pesait.

Bien qu'il entendait autour de lui les conversations des autres clients, Siothrún ne les écoutait pas. Plongé ainsi, il en oublia momentanément le reste. Une question en suspend, sans que réponse ne vienne sembla interpeller la partie raisonnable de son cerveau - qui se présenta à lui. Ne comprenant pas tout de suite ce que cela impliquait, Siothrún ouvrit les yeux, reprit pied sur terre et releva la tête afin d'analyser son environnement et découvrir pourquoi sa raison l'enquiquinait. À sa droite, une grande silhouette attira son œil.

Comme avec beaucoup de personnes, le demi-dieu dû lever les yeux. Son regard se porta sur le visage de l'homme qu'il détailla. Cela n'avait rien d'humain ; si après 15 ans Siothrún s'était habitué à côtoyer toutes sortes d'êtres vivants, chacun était unique en son genre, provoquant toujours une fascination de sa part. Si les traits paraissaient normaux - d'un point de vue parlant de son monde d'origine - les tâches qui l'ornaient étaient magnifiques à ses yeux. Ces petits points bleus, luisants, semblaient être des gouttes provenant des plus beaux lacs des différents univers. Il s'y plongerait volontiers. Les yeux noirs, aux pupilles rouges, auraient certainement effrayé le gamin de 10 ans qu'il eût été. Depuis, Siothrún avait appris à ne pas craindre l'inconnu, mais à craindre le connu qui pouvait être cent fois plus terrible. Leur couleur n'était qu'une couleur, non pas un quelconque signe ou une idiote représentation, il ne fallait jamais juger aux apparences. Il eut plus de mal à interpréter des yeux qu'il ne connaissait pas, cependant ils n'étaient indubitablement pas agressifs. Le jeune garçon leur trouvait même une douceur.

Dans son observation de l'inconnu - qui dura une dizaine de secondes très minutieuses - Siothrún avait oublié quelque chose. Qu'ils soient noirs et rouges, ces yeux restaient des yeux. Lui, idiot rêveur qu'il était, dévisageait un homme éhontément et sans aucune pudeur. Se rendant subitement compte de son impolitesse évidente, il sursauta légèrement et détacha vivement son regard, qu'il baissa un peu honteux. Dans un souffle gêné, il s'excusa : « Oh, pardon... »

Son visage étant toujours rougi par le froid, la légère chaleur s'installant sur ses joues passa inaperçue. Il espérait ne pas avoir froissé son interlocuteur par son indiscrétion, ce n'était pas son intention. Ses yeux voguèrent de droite à gauche, de plus bas à un peu plus haut - remarquant le barman qui le regardait bizarrement - jusquà se poser sur ses doigts noircis.

Son cerveau se reconnecta subitement, lui insufflant enfin un sens aux sons qu'il avait entendu, ce qui le fit paniquer un peu.
« Ah! oui, votre question... » se rappela-t-il soudainement. « Oui, enfin, non ! Non, je n'ai rien, c'est... »

Siothrún fit une courte pause, tendant sa main sale vers son voisin. Ses doigts se frottèrent entre eux, n'enlevant pas les traces de fusain mais ne faisant que les étaler un peu plus. Il concevait ce que n'était pas ce qu'il y avait de plus hygiénique.
« C'est juste à cause du fusain. Elles partiront avec un peu d'eau. »

Néanmoins, le demi-dieu était surpris de la question. Surpris qu'une personne montre un peu d'inquiétude pour de simples tâches - en général, il fallait une mare de sang pour inquiéter la population. Ce sentiment lui parut idiot face à une situation aussi simple, aussi banale, mais Siothrún ressentit un peu de reconnaissance. Aussi, dans un souffle bas, il ne put s'empêcher d'ajouter :
« Merci. »


Dernière édition par Siothrún Nolan le Sam 17 Jan - 23:44, édité 1 fois
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Re: Douceur sucrée

le Ven 16 Jan - 12:03


Personne ne le dévisageait jamais aussi longtemps, Atrya ouvrit la bouche à la manière d’un poisson (d’un très gros poisson vu sa taille) et se ravisa quand le jeune homme s’excusa. Il referma la bouche.
Ses sourcils se rejoignirent d’incompréhension immédiatement après avoir obtenu une réponse. C’était oui ou non ? Jusqu’à voir les traces noires s’étaler. Ses yeux s’ouvrirent de curiosité, il aurait voulu avoir le temps de lui saisir les mains pour regarder de plus près.

Ce pouvait être n’importe quoi : charbon, encore, sable… Tendu comme un arc, il voulait « goûter pour savoir ». C’était instinctif, sa curiosité avait besoin d’être satisfaite.

-De rien, dit-il bêtement les yeux rivés sur les mains du jeune homme. Le fusain, c’est… Qu’est-ce au juste ?

Atrya était incapable de s’en empêcher, ce monde de la surface l’étonnait tellement que chaque nouvelle découverte ressemblait à une aventure nouvelle. Avec le temps, il découvrait moins de choses qu’au tout début, mais pendant quelques minutes il aimerait savoir à quoi sert ce fusain. Si cela se mange ou est-ce un minerai des îles volantes ?

Absorbé, il s’était approché un peu trop près de son voisin. Son chocolat refroidissait sans lui, de toute manière, il n’avait pas de quoi payer en poche… Il résoudra ce problème plus tard.

-Il n’y en a que sur vos mains ?

C’est peut-être un genre de matière sécrétée par le corps, dans ce cas il ferait mieux de le savoir. Ce genre de tâche pourrait encrasser ses pores s’il devait soigner une créature qui en génère et donc pourrait le rendre malade… Voilà l'une des innombrables pensées qui fusèrent dans son esprit à mesure qu'il s'interrogeait.

Avec toutes ces idées, plus ou moins ridicules, débordant au-dessus de son sourire, il questionna l’autre du regard. Il ne partirait pas sans avoir eu des réponses.
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Re: Douceur sucrée

le Ven 16 Jan - 16:51


Tendant toujours sa main sale vers son voisin, celle-là captivait l'homme aux tâches bleutées. Il était évident qu'il n'avait jamais vu de fusain et ne savait pas exactement quelle matière était-ce. Peut-être se demandait-il si cela avait une odeur particulière, un goût spécial ou un toucher étrange ; Siothrún ne voyait pas d'autres explications au fait qu'il s'était penché vers sa main, observant avec un intérêt innocent. L'espace d'un instant, il se demanda s'il n'allait pas se faire voler sa main pour qu'elle passe une analyse complète. Un peu mal à l'aise, il garda néanmoins sa main noircie en évidence. Puis la question du grand homme vint confirmer ses soupçons d'ignorance.

« Oh, du fusain, c'est... »
Joignant le début de sa phrase au geste, Siothrún s'était détourné de son interlocuteur, et se pencha pour attraper son sac posé par terre.
« Attendez. » pria-t-il doucement, attrapant la lanière de son sac.

Siothrún remonta le paquet qu'il posa sur ses genoux. Il l'ouvrit et plongea sa main dedans. Autant le lui montrer, cela serait bien plus parlant qu'une explication que, de toute façon, il n'aurait pas su faire exactement. S'il savait s'en servir, Siothrún ne savait pas grand-chose de la fabrication du fusain, hormis sa provenance. À la seconde question, le demi-dieu répondit assez distraitement un « Oui oui. » tandis qu'il commença à explorer. Du bruit provenant de son sac, Siothrún virait quelques crayons de couleur qui le gênaient. Il claqua la langue dans un geste agacé, et finit par sortir une grosse poignée de crayons qu'il posa sur le comptoir, une ribambelle de couleurs très précises - au moins 7 sortes de bleus dans l'échantillon pris. Finalement, il pencha la tête pour regarder directement à l'intérieur du sac, et repéra ce qu'il cherchait. Replongeant la main, il sortit une petite boîte où ses fusains étaient rangés.

« Ah, la voilà. Voici un fusain, bon, un peu entamé... » annonça-t-il en présentant un bâton noir qui faisait la moitié de sa taille initiale.

Le demi-dieu posa la boîte et le fusain sur le comptoir - le morceau noir sur la boîte, pour ne pas salir le bois du meuble. Il rattrapa ses crayons de couleur étalés et les remit dans son sac, un bruit de bois fin s'entrechoquant, puis fouilla dans la pile de croquis qu'il avait laissé sur le comptoir. Il en sortit l'esquisse de la ruelle étroite dans laquelle il s'était assis, faite entièrement en fusain. Le noir avait été étalé au doigt pour réaliser la neige et la fumée s'échappant des cheminées, les bâtiments des traits fins et précis. Le carbone partait facilement, mais il ne s'agissait que d'une esquisse qu'il reproduirait sur un tableau plus tard. Naturellement, il l'expliqua à son voisin :

« Le fusain est assez pratique pour les esquisses. Je reproduis l'essentiel rapidement, puis je compte peindre sur une toile à l'aide de ce croquis. »

Siothrún laissa tout le loisir à l'homme de regarder, de toucher aussi s'il le souhaitait, tout de même un peu gêné de présenter une de ses œuvres - d'autant plus inachevée. Toujours un peu nerveux sous le regard scrutateur d'une autre personne évaluant ses dessins, ses doigts vinrent s'entremêler, bougeant sans queue-ni-tête. Pour s'occuper les mains, il entoura sa tasse qui ne le brûla pas. Le chocolat chaud ayant commencé à refroidir, Siothrún attrapa la tasse pour en prendre une petite gorgée. Encore assez chaud, il ne but pas beaucoup pour ne pas se brûler, replaçant la tasse sur sa coupelle. Il releva un regard timide vers l'homme aux si belles tâches.
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Re: Douceur sucrée

le Ven 16 Jan - 18:33


Atrya s’apprêtait à tâter de l’index cette matière étrange et puis soudain il lui demandait d’attendre. Il retira sa propre main et essaya de paraitre normal. Petit à petit le cours de ses pensées retrouvait un écoulement décent et elles lui rappelèrent exactement comme son employeur réagit face à sa curiosité jamais satisfaite.

Il regarda les crayons, cette fois il se retint d’aller les examiner de plus près. Il avait déjà vu des stylos et des crayons de bois, des plumes et d’autres appareils dont il ne s’étonnait plus. Mais des crayons de couleurs relevaient de l’ordre des nouveautés. Certes, moins extravagantes que le fusain. Le fusain reposait sur sa boîte, narguant le triton de venir le toucher, le frotter. Il avança une main confiante jusqu’au bâtonnet et dès qu’il l’eut en main, ses doigts se teintèrent de noir, il le reposa immédiatement et commença à gratter pouce et index l’un contre l’autre pour voir exactement ce que c’était. Il senti ses doigts qui avaient maintenant l’odeur du bois.

Interpellé, il releva un visage assidu et écoutait attentivement chaque mot. L’autre parlait d’esquisses, de croquis et de peintures, mais Atrya ne connaissait qu’un seul de ces trois mots.
Lorsqu’il eut le dessin fait au fusain entre les mains il comprit naturellement ce que voulait dire croquis et esquisse, mais surtout il y porta un regarda rempli d’émerveillement. Il ne fit pas attention à la petite trace de pouce qu’il laissa en bordure de feuille et observa une minute entière tout ce que représentait la scène, entièrement persuadé qu’un tel don pour coucher les choses réelles sur du papier relevait de la magie.

-Vous avez fait tout ça vous-même ! Cela doit prendre beaucoup de temps, non ? Comment avec ce petit bâton vous arrivez à…

Il suivait avec un intérêt sincère les tracés sur le papier les flous et les marques plus nettes.

-Vraiment…

Quand il redressa la tête il s’enquit silencieusement du droit d’aller regarder les autres croquis du jeune homme. Et puis n’y tenant plus :

-Est-ce que je peux …
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Re: Douceur sucrée

le Sam 17 Jan - 10:31


Son interlocuteur semblait véritablement émerveillé par les traces faites par son fusain. Une joie inouïe due à la découverte d'un objet jamais imaginé, jamais soupçonné. Cela surprenait tout autant Siothrún : pouvait-il vraiment ne jamais avoir entendu le terme de fusain, ne jamais en avoir vu non plus ? Lui qui, à quelques mois à peine, avait tenu un feutre avec lequel il avait fait des traits sur des feuilles - et même parfois sur des murs - et qui vivait avec, qui vivait de ses œuvres : la scène lui paraissait épatante. Ce qui était son quotidien arrivait à créer des étincelles de curiosité et d'émerveillement enfantines dans les yeux d'une autre personne. Lui-même redécouvrait un peu son art par ce regard nouveau, se sentant subitement plus heureux de dessiner tout ce qu'il croisait. Il se sentit un peu bête de penser cela, et même un peu narcissique, mais passa outre ce sentiment. Il se contenta de profiter des émotions qu'il sentait émaner de son voisin.

À la première interpellation de son voisin, Siothrún hocha doucement la tête de façon positive, il voulut par la suite répondre à la première question, en vain. La bouche entre-ouverte, prête à expliquer que non, ce n'étaient que des ébauches faites à la va-vite afin d'immortaliser un moment, il en fut incapable, tant la deuxième question s'enchaîna-t-elle rapidement. Le rythme ralentit, dans le but de se replonger dans une observation courte ce qui eut le mérite de faire sourire le demi-dieu. Celui-ci se figea quelques secondes, quand il dut relever les yeux vers son voisin plus grand, dont le regard semblait demander une permission que ne saisit pas Siothrún. Un peu incertain, il crut néanmoins comprendre grâce à l'embryon de question - qui lui avait certainement permis de se reconnecter à la réalité plutôt qu'à l'admiration de ces petites tâches qui continuaient de l'intriguer.

« Bien sûr ! » s'empressa-t-il de répondre.

L'artiste en herbe attrapa les quelques feuilles de croquis. Son sourire se fit plus franc, il prit cette tendresse qui lui était naturelle, et cette simple joie de créer un contact humain. Il lui tendit poliment ce qu'il avait demandé, tout sourire.
Dans le tas, il y avait le croquis d'un homme au visage anonyme, emmitouflé dans des habits chauds, une fumée sortant de sa bouche était représentée. Ses traces de pas dans la neige le suivaient, l'emmenant sur une place où la fontaine représentée avait son eau figée dans la glace, aux reflets bleus faits à la va-vite par quelques traits ci et là d'une main sûre. Un autre, en fusain, représentait visiblement le ciel gris du dehors, entouré de tours travaillées en contre-plongée. Les traces plus ou moins prononcées du carbone permettaient cette variation dans le ciel, et les quelques points noirs supposaient les flocons d'hiver glissant dans l'air.
Siothrún n'avait eu le temps que d'en faire quatre, avant que son corps n'abdique face au froid et ne le pousse à venir se réchauffer ici.

Tout en découvrant la découverte de ses dessins par un inconnu, l'âme d'artiste en lui fut poussé par une envie subite. Y résistant à peine quelques secondes, Siothrún sortit une feuille blanche de son sac toujours posé sur ses cuisses, puis quelques crayons de couleur rouge et bleu, ainsi que son crayon gris. Il referma son sac et le reposa par terre. Crayon de bois dans une main, tasse de chocolat chaud dans l'autre afin d'en prendre une gorgée, Siothrún observa plus franchement son voisin, étudiant la courbe de ses traits, à nouveau ces sortes de tâches de rousseur bleu océan, les longs cheveux pâles. Son regard scrutait avec expérience les détails, remarquant enfin sur son cou ce qui était caché par les cheveux, qu'il identifia rapidement comme des branchies - ce n'était pas la première fois qu'il en voyait sur un corps humanoïde. Son impression due aux couleurs bleus du visage n'en fut que renforcée. Il s'agissait indubitablement des plus belles gouttes qu'il n'eût jamais vues.
Instinctivement, sa main rejoignit la feuille et la mine du crayon commença doucement à glisser dessus.
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Re: Douceur sucrée

le Sam 17 Jan - 20:52


Est-ce qu'il serait capable de faire la moitié de tout ceci en dix ans, pas sûr. Le poisson-ange se savait déjà assez en difficulté avec l'écriture. Ses pattes de mouche sur la terre ferme valaient le détour, nul ne pouvait lire ses notes... Sinon lui-même.
Sitôt que le jeune homme lui présentait les autres dessins, Atrya s'en empara et y colla quasiment le nez.

Impressionné il passa un temps incalculable à regarder les moindres détails. La scène de l'homme dans la neige le faisait voyager hors de son corps, dans un monde minuscule où cet inconnu devant lui marche dans la neige.

-On dirait qu'il marche sous mes yeux !

Paysages ou visage, Atrya, subjugué ne parlait plus que par quelques syllabes.

Puis, son attention arrachée aux croquis il remarqua la nouvelle posture du jeune homme. Ses yeux s'ouvrirent de surprise. Il ne s'attendait certainement pas à être le nouveau sujet de l'artiste. Il se leva de son siège et se pencha pour regarder ce qu'il en était vraiment et fut forcé de constater que c'était bien lui qu'on dessinait.

Ses mains se portèrent tout de suite à ses tempes où ses doigts trouvèrent au touché les marques légèrement creuses. Il sourit de toutes ses dents et alla se rasseoir sur son tabouret.

Au fond des mers, l'écriture fonctionne peu, pour communiquer il existe d'autres manières de faire. Le poisson-ange avait déjà gravé la pierre ou formé des symboles avec les coquilles et les algues, rien ne s'approchant même de loin à des représentations si fines du monde. Il se sentait gauche avec ses coquillages, il découvrait en même temps qu'on pouvait exprimer mille fois plus sans parler.

-Je dois rester immobile ?

Un peu tendu au départ, il se détendit la seconde d'après. L'amusement qu'il ressentait à l'idée d'être le modèle pour un croquis collait à son visage un sourire qui ne pouvait plus disparaitre.
Il essaya de garder son sérieux aussi longtemps que possible.
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Re: Douceur sucrée

le Sam 17 Jan - 23:09


Il était vrai, l'artiste profitait éhontément de l'inattention de son voisin pour lui voler quelques instants les secrets de son visage, jusqu'à ses moindres imperfections. Le plus grand concentré sur ses croquis, lui concentré à faire un croquis de celui-là. Comme à chaque fois qu'il dessinait, Siothrún avait la bouche légèrement ouverte, ses lèvres se mouvant parfois au gré de ses pensées ou de ses émotions. Ses yeux voyageaient de sa feuille à l'homme, de l'homme à sa feuille, du visage à la mine de son crayon. Il dessinait le visage de profil, ayant commencé en bas par son cou, remontant lentement en représentant le menton, et maintenant les lèvres. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus précis, voulant juste immortaliser un moment en quelques minutes. Cependant, il s'attarda un peu sur les lèvres, reprenant le plus fidèlement possible leur courbe, leur finesse, leur dénivelé, leur étirement dû à un petit sourire que le demi-dieu trouvait agréable à regarder.

Lui-même plongé dans la création de ces lèvres, il ne fit plus vraiment attention à ce qui l'entourait. Le léger bruit des conversations des autres clients s'évanouit, ainsi que leur présence, laissant Siothrún seul avec son art, et son voisin. Ses propres lèvres bougeaient un peu, en des mots silencieux que seul lui avait connaissance, un langage propre à son univers. Une rencontre tout à fait personnelle avec son crayon, comme il en avait l'habitude ; il était son plus vieil ami après tout. À esquisser avec délicatesse et confiance, Siothrún ne fut pas conscient qu'il avait désormais l'attention de l'homme aux tâches bleutées. S'il avait levé la tête, sans nul doute qu'il aurait rencontré un regard rouge le fixant, ce qui l'aurait rendu lui-même rouge de la tête aux pieds. S'il avait l'habitude de réaliser des portraits, c'était en général sur la demande des concernés ou au moins leur permission.

Néanmoins pas totalement oublieux de son environnement, ses oreilles perçurent bien le bruit à sa droite. Indubitablement un tabouret que l'on bouge et des vêtements se froissant sous un mouvement. Sa main se figea, et Siothrún releva subitement la tête vers son voisin, le forçant encore plus à lever les yeux vers une personne assez proche de lui à cet instant. Son souffle se bloqua un instant, s'étant fait surprendre dans son indiscrétion. Depuis son arrivée dans le bar, le demi-dieu s'était réchauffé : son visage n'était plus rougi par le froid du dehors, il avait repris sa couleur normale, blanche. Ainsi, son interlocuteur put nettement discerner la teinte rouge tomate que prit instantanément le visage de Siothrún, sous sa gêne. Il était tout à fait confus, ses yeux regardaient ailleurs, honteux, sa main libre agrippait le rebord avec ses ongles, et sa voix était chancelante.

« Ah, je... heu... ce... j'ai... » essaya-t-il de formuler, en vain. Oubliant toute idée d'explication, il retenta : « Excusez-moi, je ne voulais pas... » Sa voix céda, et se tut.

Il ne voulait pas - quoi ? N'avait-il pas vraiment eu envie de le dessiner là, dans une pulsation inattendue ? Bien sûr que si, il était inutile de nier. Siothrún avait pris l'habitude de sortir un crayon n'importe où n'importe quand pour n'importe quoi, sans s'importuner parfois des conséquences.

Mais, aussi étonnant que cela fut-ce pour Siothrún, son voisin revint à sa place initiale, lui proposant simplement de rester immobile. Sur le coup, il n'en crut pas tout à fait ses oreilles, et hésita à peine sur la réponse qu'il voulait lui donner. Inévitablement que oui, il apprécierait la coopération, c'était toujours assez valorisant qu'une personne lui fasse confiance pour représenter leur propre visage. Certaines personnes n'acceptaient pas, ce qu'il pouvait aisément comprendre. Il n'oubliait pas, néanmoins, que rester immobile même quelques minutes, ce n'était pas des plus agréable et que l'homme ne devait pas être venu à la base pour cela.

« Je ne veux vous obliger à rien. » certifia-t-il.

Pourtant il semblait accepter de se prêter au jeu, nourrissant l'envie du demi-dieu. Il hésita grandement. Se mordant la lèvre inférieure, peu sûr de lui, il chercha tout refus dans le visage qu'il avait commencé à dessiner, et n'en trouva aucun. Siothrún ouvrit plusieurs fois de suite la bouche, choisissant visiblement ses mots.
« Si... si ça ne vous dérange pas... Vous... Est-ce que... ? » Visiblement, c'était un échec.

Incertaine, sa main se leva vers son interlocuteur, avant de redescendre aussitôt. Le visage encore un peu rouge de gêne et d'hésitation, il releva doucement la main. Ne voyant aucun signe de fuite, il posa avec beaucoup de délicatesse, comme s'il craignait de casser un objet très fragile, ses doigts sur le menton de l'homme aux tâches bleutées, qu'il poussa avec tout autant de délicatesse. Il plaça ainsi le visage de façon à le voir de profil. Une fois fait, sa main revenue à lui, Siothrún devint à nouveau tout rouge - des oreilles au cou - de son audace, et se dépêcha de reprendre son croquis.
Ne souhaitant pas faire patienter trop longtemps son modèle, l'artiste accéléra l'allure, passant par le nez, les narines, le pli autour des narines, l'arrête du nez, l'œil, la paupière, le sourcil, le front. Il réalisa ces formes en un temps record, se détendant au fur et à mesure qu'il reprenait une activité rassurante. Ayant enfin la forme globale, Siothrún sourit de reconnaissance à son voisin.

« Merci. Vous pouvez bouger à nouveau. » dit-il.

Reposant son crayon de bois sur le comptoir, le demi-dieu reprit sa tasse afin d'en boire une gorgée beaucoup plus franche - le liquide commençait à refroidir, il devrait se dépêcher de le finir afin de profiter de tous ses arômes sucrés et délicieux. Il profita de ce petit instant de pause pour détourner le regard de son voisin, remarquant le barman qui regardait dans leur direction, visiblement curieux lui aussi de voir le résultat final. Il reposa sa tasse, et attrape un bordeaux dans l'intention de représenter la pupille de son modèle.
Siothrún Nolan
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Re: Douceur sucrée

le Dim 18 Jan - 20:38


Rester immobile et attendre que le jeune homme termine de le représenter était un exercice plus difficile qu'il ne se l'était imaginer. Pour tout dire, Atrya attendait impatiemment de pouvoir tourner la tête et aller regarder comment avançait le croquis.

Après quelques secondes de patience supplémentaire, le poisson-ange impatient se tourna de quelques centimètres pour jeter un oeil au dessin. Immédiatement, il reprit position avant de gêner l'avancée de l'oeuvre, un sourire malicieux maintenant plaqué sur les lèvres.

-Vous dessinez depuis longtemps ?

Ce n'était que l'un des innombrables questions qu'il se posait. Il voudrait savoir s'il peignait autre chose que des paysages et des gens ? Avait-il déjà représenté des sirènes et des endroits sous-marins ? Peut-être savait-il représenté les choses autrement. Atrya avait bien vu les peintures dans le palais, il avait aussi déjà vu des photographies, mais à voir tout le matériel que le garçon trainait dans sa besace, il se doutait qu'il n'avait vu qu'un centième des possibilités.

-Je dois dire que je ne dessine jamais. Quand je touche un crayon je n'arrive à rien avec. Des gribouillis la plupart du temps. Il faut dire que sous l'océan, je n'ai jamais vu ce genre de choses. Il y a des sculptures et des gravures, on fabrique ce qu'on souhaite montrer. Il n'y a pas de crayons ni de fusain.

Pris dans ses pensées, il se demandait comment il apporterait des preuves de ce qu'il avait vu quand il retournerait chez lui. Il n'avait pas l'intention de vivre éternellement à la surface. Cette aventure prendrait fin un jour ou l'autre. A ce moment là, il aimerait pouvoir montrer des peintures et des crayonnés aux siens.

-Il y a tellement de belles couleurs dans les mers. Ce serait bien si on pouvait les immortaliser elles-aussi.


Surpris, il lui donnait l'autorisation de se mouvoir à nouveau. Atrya ne cacha pas son intérêt et alla automatiquement regarder le croquis. Il avait totalement oublié la présence du reste du monde. Il approcha son tabouret et se réinstalla pour mieux observer la progression des crayons sur le papier.
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Re: Douceur sucrée


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