Lumière et ténèbres

le Lun 1 Avr - 18:13


Je pose un pied dans la nacelle et je lève les yeux au ciel. Mes pinceaux ont hâte de parcourir mes toiles. Le ballon décolle et tandis que le vent nous porte, j'aperçois notre destination. Les premières vues qui s'offrent à moi sont ces sombres falaises escarpées et les huit cascades qui s'en échappent. Hautes et sauvages, elles grondent et tombent le long de la roche noire.

Je pose un pied au sud de Tchen et je lève les yeux au ciel. Nombre d'âmes m'imitent et autant prennent leur envol dans le sens contraire. Sous un soleil radieux, cette île dans les nuages apporte une étrange sérénité. Je pose mon chevalet et commence à peindre. Au centre de l'île siège un vaste bassin. Un rectangle d'eau que nul vent ne vient troubler. Un miroir parfait au cadre d'onyx. L'eau y est pure et très peu profonde. Quelques millimètres en tout et pour tout. Et au centre de ce miroir, s'en élève un autre. Imposant dans un ovale flanqué de deux lions d’émeraude, rugissants et majestueux. L'ouvrage laisse rêveur et comme pour partager cette émotion, de chaque coin du bassin et de chaque milieu de ses côtés, part un canal qui laisse s'échapper un filet d'eau. Il est difficile de croire que de ces canaux recouverts d'une dentelle de fer forgé, naissent les sauvages cascades que j'ai vu se déverser, rugissantes, dans le vide.

Je pose un pied sous un arbre et lève les yeux au ciel. J'entame une nouvelle toile. Je me trouve au milieu d'un petit coin de verdure. Un couple de bancs, quelques arbustes et en son centre un cerisier japonais. Une atmosphère propice à la détente et aux confidences. La brise fait parfois chanter le feuillage et voler quelques pétales et tandis que je porte mon regard alentour, je m’aperçois que ce jardin fait partie d'une famille nombreuse. Cinq autres petits îlots de verdure ont étés posé, identiques, le long des bordures Est et Ouest de la Res Publica.

Je pose un pied devant le palais et lève les yeux au ciel. Tout en tours accolées et en coupoles de bronze, le bâtiment est à la fois massif et aérien, atypique et sobre. Tout en ombres et en lumières. Il n'est pas vraiment aisé pour le peintre que je suis de mettre des mots sur ce que je vois. Je laisserai donc mes pinceaux parler pour moi.

Spoiler:

Je pose un pied dans le hall d'entrée et lève les yeux au ciel. Je me trouve dans la tour la plus large du palais et pose mon chevalet encore une fois. Sobriété, calme, ordre. Ces trois mots correspondent bien à ce hall écrasant de hauteur mais qui n'en est pas pour autant effrayant. Une fontaine centrale, une lumière douce qui vient de deux brasero vides et d'immenses fresques en bronze qui ornent les murs. Je m'attarde sur ces bas-relief et découvre qu'ils content l'histoire de l'Entre-Monde dans un style à la fois délicat et rude. Cet immense hall donne sur une vingtaine de portes. Certaines ouvertes et d'autres closes. Et j'entends un garde renseigner un ange. Je porte mon regard vers la porte qu'il désigne, presque cachée dans un renfoncement. Intrigué, je l'ouvre et suis un long couloir. Je finis par déboucher à l'autre bout du palais. Devant moi, balayé par les vents, s'arque un pont étroit. De l'autre côté, se dresse sur un piton rocheux, une tour. Isolée, tel un refuge, cette tour est celle du maître de Tchen. Je me prends à me demander quel genre d'homme il peut être, mais je ne pousse pas plus loin et rebrousse chemin.

Je pose une nouvelle fois un pied dans le hall et lève les yeux au ciel. Le soleil darde ses derniers rayons. Et soudain toute lumière disparait. Tous se retrouvent plongés dans l'obscurité quelques instants durant. Puis les grands braseros s'embrasent, animés d'un feu ardant. Les grandes flammes remplacent la douce lumière et offrent une lumière changeante, mouvante. Les ombres se mettent à danser et alors que je pose mes yeux sur la fontaine, l'eau qui en jaillit s'embrase à son tour. Par je ne sais quelle magie, l'ambiance du bâtiment vient de changer du tout au tout. C'est une beauté plus inquiétante, plus sombre qui s'offre-t-a moi désormais et je m'empresse de la mettre en peinture.

Je pose le pied dehors et lève les yeux au ciel. Il n'y a pas d'étoiles ce soir. A l'instar du palais, l'extérieur s'est métamorphosé. Le bassin est désormais encadré d'un liseré de flammes dont la danse hypnotise le regard. Et les lions, devant ce jeu de lumière paraissent s'animer. Dans les canaux se déversent maintenant des flammes. J'ose à peine imaginer à quoi ressemblent en cet instant les sauvages cascades de ce matin. Les frondaisons des cerisiers sont en feu et devant mon visage horrifié, un démon se met à rire.

Je pose le pied dans la nacelle et lève les yeux au ciel. Il est triste de voir partir en fumée un tel lieu.
"C'est votre première fois sur Tchen hein ?" me lance le pilote de la montgolfière.
J'acquiesce en silence.
"Vous en faites pas, c'est comme ça toutes les nuits et chaque matin, il n'y parait rien."
Et tandis que nous descendons en silence, je contemple les cascades de feu qui s'échappent des falaises noires. C'est seulement alors que je prends conscience de la dualité de ce miroir.


Augure
Maitre du Miroir
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